ERIC CLAPTON
Eric Clapton, né le 30 mars 1945 à Ripley (Surrey, Angleterre), est un guitariste, chanteur, auteur-compositeur-interprète britannique, de blues rock. En 2011, dans son classement « les 100 plus grands guitaristes de tous les temps », le mensuel Rolling Stone le place en deuxième position, juste derrière Jimi Hendrix.
Il est le seul artiste à avoir été intronisé à trois reprises au sein du Rock and Roll Hall of Fame : une fois en tant qu’artiste solo puis en tant que membre des Yardbirds et de Cream.
Biographie
Jeunesse
Né à Ripley, à proximité de Guildford, dans le Surrey au Royaume-Uni, Eric Patrick Clapton est le fils d’un soldat canadien et d’une mère anglaise. Son père, après être parti combattre en Europe peu après sa naissance, est ensuite retourné au Canada. Sa mère, qui n’a alors que 16 ans, est trop jeune pour s’occuper de lui, aussi le jeune Eric est confié à ses grands-parents maternels (dont le nom, Clapp, est à l’origine de la rumeur selon laquelle le véritable nom du guitariste serait Clapp). Plus tard il est abandonné une deuxième fois par sa mère, partie à son tour au Canada avec un autre soldat.
L’histoire de sa naissance reste longtemps un secret de famille, Eric Clapton n’apprend qu’à l’âge de 9 ans que ceux qu’il croyait être ses parents ne l’étaient pas, et que sa prétendue grande sœur, de retour du Canada était en réalité sa mère. En réponse à Eric lui demandant si elle allait maintenant être sa mère, elle lui répond : « non, les choses sont mieux comme cela ». Ce fut un choc terrible pour lui.
L’enfance d’Eric Clapton ne se passe pas sans accrocs – il a confessé avoir été un « sale gosse ». Peu attentif à l’école, il faillit même abandonner l’apprentissage de la guitare – il avait reçu sa première guitare acoustique, une Hoyer de fabrication allemande, en cadeau pour ses 13 ans – car il le jugeait « trop difficile ». Postier pour se faire un peu d’argent, il intègre la classe de design de l’École d’art de Kingston upon Thames ; ses résultats médiocres lui valent d’être rapidement renvoyé. Il se produit notamment au The Fighting Cocks durant cette période.
Encore adolescent, Eric Clapton puise son inspiration musicale – il parvient à jouer de la guitare – dans le blues américain : Big Bill Broonzy, Muddy Waters, Elmore James, Howlin’ Wolf et surtout Robert Johnson, le légendaire bluesman du Mississippi. Surnommé par ses amis « Eric the mod » en référence à ses vêtements qui rappellent le mouvement Mods. Vers 1962, il commence à fréquenter des clubs de musiciens comme le Ealing Club (il y rencontrera Ginger Baker et Jack Bruce, alors membres des Blues Incorporated, qui y jouaient eux aussi) de Londres, dans lequel se produisent notamment les Rolling Stones. Il les accompagne même occasionnellement comme chanteur. Peu confiant à l’époque envers ses talents de guitariste, il déclare : « J’en fais un peu ; j’ai bossé quelques trucs de blues depuis un moment ; rien de sérieux. » (À James Phelge, qui le reprendra dans son livre Nankering with the Rolling Stones). Dans ce même club jouent les Blues Incorporated d’Alexis Korner, dont les batteurs et bassistes sont, de temps à autre (le personnel varie beaucoup à cette époque), Ginger Baker et Jack Bruce, ses futurs acolytes de Cream.
C’est pourtant l’apprentissage par cœur d’un album de Chuck Berry qui lui permet finalement d’intégrer, en mars 1963, son premier groupe : les Roosters. Il joue avec eux jusqu’au mois d’octobre de la même année, puis, lorsque le groupe se dissout, rejoint Casey Jones and The Engineers en même temps que Tom McGuiness (l’ancien bassiste des Roosters). Cette nouvelle association ne dure qu’un mois : Eric Clapton, qui a déjà acquis une certaine réputation en tant que guitariste, est embauché par les Yardbirds, son premier groupe véritablement professionnel.
The Yardbirds (1963–1965)
Avec l’arrivée de Clapton, les Yardbirds commencent à véritablement décoller. Petit groupe de rock ‘n’ roll comme tant d’autres, très influencé par le blues, ils ne jouent aucune composition personnelle, se limitant à des morceaux de blues issus des catalogues Chess, Checker ou Vee-Jay. Succédant aux Rolling Stones comme groupe résident du légendaire Crawdaddy Club de Richmond, ils deviennent un groupe culte parmi les jeunes Anglais branchés fans de blues. Leurs premiers singles, I Wish You Would et Good Morning Little Schoolgirl, sont des succès relatifs, et ils partent même en tournée en 1963 avec le bluesman américain Sonny Boy Williamson, enregistrant ensemble un album Sonny Boy Williamson and The Yardbirds qui sortira en 1966 à la fois comme un disque des Yardbirds et de Williamson.
Clapton, de son côté, crée peu à peu son style personnel : sa façon de jouer bien sûr, intégrant de manière révolutionnaire les influences de Buddy Guy, Freddie King et B. B. King, mais aussi sa façon de s’habiller. Cette forte personnalité, ainsi que ses talents de guitariste, pourtant assez peu mis en valeur sur les premiers enregistrements du groupe, lui valent d’en devenir le principal soliste. L’autre guitariste des Yardbirds à l’époque, Chris Dreja, était plutôt concentré sur la rythmique.
Devenant rapidement une figure importante de la scène anglaise, il se fait un surnom : Slowhand. La paternité de ce surnom revient à l’assistant de Gomelsky, Hamish Grimes, qui s’occupe de leur campagne de publicité, concoctant des slogans comme « Les Yardbirds, la sensation blues du moment ». Grimes baptisa ainsi Clapton « Slowhand », un jeu de mots au sujet des claquements de mains du public (slowhand clap) quand le spectacle devait s’interrompre le temps qu’il remplace une corde cassée. Mais en mai 1965, le premier vrai succès du groupe, For Your Love, coïncide avec le départ du guitariste, mal à l’aise à cause de cette chanson trop « commerciale » selon lui. En effet, à cette époque, Clapton est encore un fanatique de blues authentique, et considère comme une trahison de jouer autre chose que des reprises de grands bluesmen. Recommandant Jimmy Page à ses collègues, il quitte les Yardbirds.
John Mayall and the Bluesbreakers (1965–1966)
L’intention première de ce groupe de « musiciens voyageurs » était de parcourir le monde dans un autobus à deux étages, en jouant un peu partout. Une épopée qui s’achève rapidement en Grèce, d’où ils reviennent sans un sou après avoir eu un accident de la route et s’être presque fait kidnapper à Athènes. Clapton reprend donc dès octobre 1965 sa place au sein des Bluesbreakers…
Son escapade avec The Glands n’a nullement entamé la réputation de Clapton, qui devient peu à peu une véritable idole, et gagne un nouveau surnom : sur les palissades et dans le métro de Londres fleurit l’inscription « Clapton is God » (« Clapton est Dieu »). Un nouveau statut difficile à assumer pour le jeune guitariste, qui hésite dans ses déclarations entre d’une part la conviction qu’il possède des « pouvoirs », et d’autre part leur dénégation. Parlant de cette période en 1987, à la télévision britannique, Eric déclare : « Qu’est-ce que je pouvais y faire ? Aller nettoyer les murs ? Bien sûr, les gens pensaient que ça allait trop loin… Je ne voulais pas m’embarrasser de ça, surtout pas. On disait que j’étais le meilleur guitariste du monde. C’est vrai, j’ai toujours voulu l’être, mais ce n’est qu’un idéal inaccessible. »
En mars 1966, Clapton, Mayall et les Bluesbreakers enregistrent l’album Blues Breakers with Eric Clapton. Considéré encore aujourd’hui comme un monument du British blues boom, le disque connaît un grand succès, mais son titre, ambigu, ne satisfait ni les membres des Bluesbreakers ni Clapton, qui trouve que son nom « se voit moins que celui de John Mayall ». Quand l’album sort, Clapton a déjà quitté le groupe. Il vient en effet de former avec Jack Bruce et Ginger Baker un « supergroupe » qui deviendra bientôt Cream.
Clapton utilisa un amplificateur Marshall 1962 et une Gibson Les Paul pour l’enregistrement de l’album Blues Breakers with Eric Clapton. Après cela, l’amplificateur adopta le surnom Bluesbreaker, et gagnera un statut iconique, étant considéré aujourd’hui comme « l’amplificateur le plus important de la marque »[7], « ayant lancé le blues rock britannique au milieu des années 1960 ».
Cream (1966–1968)
Formé par trois musiciens déjà très célèbres — Eric Clapton, Ginger Baker et Jack Bruce — Cream est le premier « supergroupe », et l’un des premiers « power-trios » célèbres. Il est aussi pour Clapton l’occasion de développer sa technique de chant et ses talents de guitariste et d’auteur de chansons. Attendu comme un groupe de blues pur et dur, le groupe s’oriente pourtant dès son premier album vers une musique pop autant inspirée par le psychédélisme que par le blues. Un terrain fertile, à partir duquel Clapton crée un style de guitare plus expérimental que jamais : les concerts du groupe sont l’occasion de très longues improvisations à un volume sonore délirant pour l’époque, où Clapton, qui doit assurer à la fois la rythmique et les solos, est forcé de se surpasser. D’autant que, malgré les déclarations enthousiastes de la presse et de leurs proches, l’ambiance n’est pas toujours au beau fixe entre les membres de Cream : leur association se fonde plus sur une rivalité parfois brutale que sur une réelle émulation. Plus tard, Henry Shapiro exprimera clairement la situation : « Cream est mort le jour où ils ont cessé de faire des étincelles entre eux ».
En 1967, la popularité de Clapton est quelque peu entamée après l’arrivée à Londres de Jimi Hendrix, dont le style flamboyant concurrence le sien. Arrivé en Angleterre fin septembre 1966, pour y rencontrer Clapton, Hendrix devient rapidement une nouvelle idole, y compris pour Clapton lui-même, les Rolling Stones et les Beatles. Mais Clapton continue à être désigné, par tous les sondages des magazines, comme le « meilleur guitariste du monde », et le succès d’Hendrix n’empêche pas Cream de vendre environ 5 millions de disques en 40 ans (y compris best of et singles), rien qu’aux États-Unis.
Après trois albums, le groupe est cependant victime de l’inimitié qui règne entre ses trois membres, mais aussi des hésitations de Clapton. Ce dernier est en effet très affecté par une critique négative d’un concert de Cream, lue dans le magazine Rolling Stone, ainsi que par sa découverte de l’album Music From Big Pink du groupe canadien The Band, qui lui fait penser que le rock ‘n’ roll est en train de prendre une nouvelle direction. À tel point qu’il tentera, en vain, de rejoindre le groupe et faire la connaissance du guitariste Robbie Robertson ; les deux artistes se retrouveront sur scène le 6 mars 2000 lors du Rock and Roll Hall of Fame annuel donné en l’honneur de Clapton, qui recevra cette année-là son troisième prix Grammy en tant qu’artiste solo et, le 28 juillet 2007, lors du festival annuel de guitare Crossroads au Toyota Park Center de Bridgeview.
Le dernier album de Cream, Goodbye, disque en partie live, paraît donc en 1969, après la dissolution du groupe. Il contient, entre autres, la chanson Badge, première collaboration de Clapton avec son ami George Harrison, guitariste des Beatles. Clapton joue le solo de While My Guitar Gently Weeps, chanson de Harrison figurant sur l’album blanc paru en 1968, devenant ainsi le premier (et unique) musicien extérieur au groupe à jouer de la guitare sur un disque des Beatles. Lorsqu’en janvier 1969, Harrison quitta brièvement le groupe en plein milieu de l’enregistrement de Let It Be, John Lennon proposa même que Clapton le remplace.
Blind Faith (1969)
Jamais vraiment à la hauteur des attentes de Clapton comme du public, Blind Faith est dissous après moins d’un an d’existence ; et Eric, décidé à rester un peu plus dans l’ombre, cherche des musiciens pour réaliser son rêve : jouer une musique plus proche de celle du Band.
Delaney & Bonnie and Friends et Clapton solo (1969–1970)
Pendant l’expérience Blind Faith, Eric Clapton a fait la connaissance de Delaney & Bonnie, un couple de musiciens « simples, naturels, libres et pas du tout vaniteux », qui prennent simplement plaisir à jouer : tout le contraire des supergroupes, dont il est si fatigué. Il décide donc de les rejoindre, et les accompagne comme simple guitariste pour une tournée européenne. Au cours de ce voyage, Clapton s’ouvre à des influences musicales très diverses : musique sud-américaine, ballades, chansons lentes, chansons d’amour, thèmes country, qu’il exploitera par la suite.
Mais la période Delaney & Bonnie and Friends est de courte durée : en septembre 1969, Clapton est entré un peu plus dans le cercle très restreint des Beatles, d’abord il est parmi les invités au Rock and Roll Circus des Rolling Stones, en décembre 1968, avec John Lennon à la guitare et au chant, Yoko Ono au chant, Eric à la guitare solo, Mitch Mitchell (du Jimi Hendrix Experience) à la batterie et Keith Richards (des Rolling Stones) à la basse. Puis le 12 décembre 1969, Eric participe à un concert donné par Lennon & Ono, le fameux Live Peace in Toronto 1969, avec Klaus Voormann à la basse et Alan White à la batterie. Delaney et Bonnie ne l’acceptent pas, et la séparation intervient en 1970.
Commence alors une période de quelques mois au cours de laquelle Clapton, privé de groupe, n’en reste pas pour autant inactif : encouragé à chanter par Delaney, il enregistre en 1970 son premier album solo, sobrement intitulé Eric Clapton, avec quelques amis musiciens, dont Leon Russell et Stephen Stills. L’album remporte un certain succès commercial, montant jusqu’à la 18e place des charts américains. Il joue également sur plusieurs disques d’amis, comme le célèbre All Things Must Pass de George Harrison (même si, pour des raisons contractuelles, son nom n’apparaîtra pas sur la pochette avant plusieurs décennies).
Vers la fin de 1969, influencé par son ancien camarade Steve Winwood de Blind Faith et le bluesman Buddy Guy, Eric fait ses débuts à la Fender Stratocaster. La première Stratocaster, surnommée Brownie, une guitare au coloris tobacco sunburst datant de 1956, fut acquise par Clapton au Sound City de Londres le 7 mai 1967 lors d’une tournée avec Cream pour un montant total de 400 dollars. Elle fut utilisée pour l’enregistrement de nombreux disques, dont Layla and Other Assorted Love Songs. Vient ensuite la célèbre Blackie, une Stratocaster noire composite assemblée à partir de différentes pièces de trois Stratocaster des années 1950 achetées au Sho-Bud Shop de Nashville (Tennessee) en 1970 pour 100 dollars chacune, qui, avec Brownie, restera sa guitare préférée durant 15 ans, jusqu’à ce que Fender lui crée un modèle « signature » assez proche de la dernière, mais équipé de micros Lace Sensor Gold actifs (qui furent remplacés par des micros Fender Vintage Noiseless à partir de 2001), un manche au profil « V » adouci (comme sur les guitares acoustiques Martin des années 1930) avec la touche en érable de 22 cases et des mécaniques Kluson traditionnelles, et une électronique active comprenant un égaliseur de médiums (mid-boost) avec une puissance de sortie maximale de 25 dB produisant une « compression sonore » (compressed pickup sound), similaire à celle d’un micro double bobinage (humbucker) et un circuit TBX atténuant les graves et les aigus, ainsi qu’un chevalet traditionnel bloqué par une cale en bois placée sur la partie arrière du corps (blocked vintage synchronized tremolo) rendant la tige du vibrato inopérante, du fait que Slowhand ne se servait jamais de celle-ci en raison de sa prédilection pour la tenue d’accord stable des Stratocaster pourvues d’un chevalet fixe (hardtail). La sortie officielle de la Stratocaster Eric Clapton (qui fut classée parmi les premières guitares « signature » créées par le célèbre géant américain de la guitare électrique depuis 1987) fut lancée en 1988 et remise à jour en 2001, date durant laquelle les micros Lace Sensor furent remplacés par les nouveaux Fender Vintage Noiseless, introduits par la firme américaine en 1998. Cette guitare est également disponible en version Custom Artist (fabriquée par le Fender Custom Shop) depuis 2004.
Derek and the Dominos (1970)
Les séances n’ont commencé que depuis quelques jours lorsqu’il rencontre le guitariste Duane Allman à un concert de son groupe, le Allman Brothers Band. Les deux musiciens, qui ne se connaissent que de réputation, jouent ensemble une séance impromptue et tombent immédiatement amoureux, chacun de son côté, du jeu de l’autre. Allman est donc invité à devenir le cinquième Domino, et l’album du groupe devient principalement l’œuvre des deux guitaristes, dont les phrases s’entremêlent, s’imitent et s’émulent sans cesse.
L’autre aspect essentiel de cet album, intitulé Layla and Other Assorted Love Songs, se trouve dans la chanson titre, Layla, qui sera deux ans plus tard un grand tube partout dans le monde. L’histoire de ce morceau commence en mars 1964, lorsque George Harrison rencontre le jeune mannequin Pattie Boyd, sur le tournage de A Hard Day’s Night, le premier film des Beatles. C’est le coup de foudre, et ils finissent par se fiancer. Clapton, lui, fait la connaissance du couple pendant l’été 1967 ; George et lui sont rapidement devenus de grands amis, mais leur amitié ne se limite pas à des goûts musicaux communs : très vite, Clapton à son tour tombe amoureux de Pattie. Non partagée à l’époque, cette passion deviendra le thème de Layla, un prénom suggéré à Clapton par la lecture d’un livre persan, The Story of Leïla and Majnun du poète Nizami, qui raconte l’amour passionné d’un homme pour une femme mariée.
La suite de la carrière du groupe est cependant nettement moins brillante : ravagé par la nouvelle de la mort de Jimi Hendrix, Clapton commence à augmenter sérieusement sa consommation de drogues et d’alcool. L’accueil mitigé réservé à Layla… n’arrange rien. Pire encore, Duane Allman meurt brutalement d’un accident de moto le 29 octobre 1971, juste avant le début de la tournée américaine de Derek and the Dominos. Effondré, Clapton passe toute la tournée dans un brouillard permanent de drogue. La sortie d’un album live étonnamment bon, In Concert, n’empêchera pas le groupe de se désagréger pendant l’enregistrement du second album, l’ego des musiciens étant exacerbé par les drogues.
Les années suivantes, la malédiction semble poursuivre les anciens Dominos : le bassiste Carl Radle sombre dans l’alcool et la drogue, qui finiront par le tuer en 1981, tandis que le batteur Jim Gordon tue sa mère à coups de marteau lors d’une crise de schizophrénie. Condamné à quatorze années de prison, il sera plus tard placé dans une institution pour malades mentaux, où il vécut jusqu’à sa mort. Clapton retrouvera son ancien camarade Bobby Whitlock sur scène, le 25 avril 2000, lors du show annuel Later présenté par Jools Holland.
Années noires (1971–1973)
Au début des années 1970, la vie de Clapton devient pour le moins chaotique : la fin tragique de Derek and the Dominos, groupe qui avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices, et son amour malheureux pour Pattie Boyd plongent le musicien dans la déprime. Il cesse d’enregistrer et d’apparaître publiquement, et se retire dans sa résidence du Surrey. Cependant, en 1970, lui est offert l’occasion de jouer avec une de ses idoles, le bluesman Howlin’ Wolf, ce qui aboutit à l’enregistrement de l’album The London Howlin’ Wolf Sessions pour lequel jouent aussi Steve Winwood, Bill Wyman et Charlie Watts. Ces sessions d’enregistrement, en mai 1970, et la sortie de l’album en août 1971 n’empêchent pas Clapton de dériver ; il commet alors la même erreur tragique que nombre de musiciens de son époque, en cherchant consolation et oubli dans l’héroïne. Commence une terrible période de dépendance à cette drogue qui le marquera à vie : durant trois ans, Clapton n’enregistre pas, et ne sort de sa retraite qu’à quelques rares occasions comme le concert pour le Bangladesh organisé par George Harrison en août 1971. Le public peut alors avoir un aperçu de l’état de délabrement de sa santé : Clapton s’évanouit sur scène, et doit être réanimé avant de continuer à jouer.
C’est un autre musicien qui l’aidera à sortir de cette spirale infernale : Pete Townshend, guitariste des Who et ami de Clapton, fonde un supergroupe plutôt singulier (deux ex-membres de Blind Faith Steve Winwood aux claviers et Ric Grech à la basse, deux ex-Traffic Jim Capaldi à la batterie et Rebop Kwaku Baah aux percussions, plus Ron Wood et Townshend à la guitare ainsi que Jim Karstein à la batterie) et pousse Eric à en prendre la tête pour deux concerts au Rainbow Theatre de Londres en janvier 1973. Clapton y apparaît diminué, son jeu abîmé par ses trois années de dépendance, mais il est bien vivant, et Townshend atteint son but : lui montrer qu’il peut encore s’en sortir. Le concert produit l’effet escompté : Clapton suit ensuite une cure de désintoxication, et parvient à surmonter sa dépendance à l’héroïne. Mais ses problèmes personnels ne sont pas terminés : s’il est parvenu à se débarrasser de son problème de drogue, il retombe encore régulièrement dans l’alcoolisme, malgré des succès discographiques qui s’enchaînent.
Carrière solo (1974–1991)
Libéré de l’héroïne, ayant entamé une liaison avec Pattie Boyd-Harrison (qui finira par l’épouser en 1979), Clapton monte en 1974 un groupe pour enregistrer un nouvel album solo, 461 Ocean Boulevard. Inspiré par son voyage en Jamaïque l’année précédente, au cours duquel il avait rencontré le jeune et encore inconnu Bob Marley, le disque comprend peu de solos de guitare. Il remporte un très grand succès et, grâce à la reprise de I Shot the Sheriff, lance à la fois la carrière internationale de Marley et la vague du reggae en Occident.
Les années suivantes voient Clapton continuer à sortir des albums, qui se situent musicalement dans la lignée de 461 … plutôt que de Derek and the Dominos : peu de solos, et des chansons mieux écrites. Clapton veut dépasser sa réputation de « plus grand guitariste du monde » (le titre original et ironique de l’album There’s One in Every Crowd de 1975) pour devenir un auteur de chansons reconnu. Mais cette nouvelle tendance n’est pas toujours comprise par le public, et les albums remportent des succès inégaux, le plus réussi, de l’avis des médias comme du public, étant Slowhand, qui contient les tubes Wonderful Tonight (une chanson d’amour inspirée par Pattie Boyd) et Cocaine (une reprise du bluesman J.J. Cale). Mais les ennuis de Clapton ne sont pas terminés : le musicien continue à boire bien plus que de raison, et en 1976, déclenche une violente polémique lors d’un concert à Birmingham. Considérant le Royaume-Uni comme « trop plein », il appelle le public à voter pour l’homme politique controversé du Parti conservateur Enoch Powell, afin d’éviter que le pays ne devienne une « colonie noire ». Ces propos, qui font écho à ceux d’artistes comme David Bowie ou Siouxsie Sioux à la même époque, provoquent un tollé général, et sont sans doute pour beaucoup dans la création du mouvement anglais Rock Against Racism. Refusant à l’époque de revenir sur ses déclarations, et affirmant (dans une interview à Q Magazine) ne pas voir de contradiction entre elles et son amour pour la musique noire, Clapton finira par les attribuer à son état passablement alcoolisé au moment des fait. « Quand j’ai dit ça, j’étais complètement ivre. Et comme tous les gens ivres, je racontais n’importe quoi. Quel crédit peut-on porter aux propos d’un poivrot ? Moi, ce qui m’étonne le plus, ce n’est pas ce que j’ai pu dire, c’est d’avoir été capable de jouer ensuite ! ».
À la fin des années 1970, l’alcoolisme de Clapton devient critique. Il se fait hospitaliser pour suivre une première cure dans un centre Hazelden, dans le Minnesota en 1982. Mais c’est après une deuxième cure Hazelden entamée en novembre 1987 qu’il parvient à rester durablement sobre. En 1984, c’est avec surprise que les fans du guitariste découvrent sa participation active à l’album solo The Pros and Cons of Hitch Hiking de Roger Waters, il sera aussi de la tournée subséquente pour promouvoir l’album.
Les disques que Clapton réalise dans les années 1980 se plient à la mode des synthétiseurs et des boîtes à rythme. August, sorti en 1986 et produit par Phil Collins, est l’un de ses plus grands succès. Il part ensuite pour une tournée de deux ans aux côtés de Collins et remporte des récompenses pour son travail (dont le British Academy Television Award pour la bande originale de la série Edge of Darkness, diffusée par la BBC en 1985). Cette période est, entre autres choses, marquée par l’utilisation, pour la première fois, d’une guitare synthétiseur dans certaines chansons du disque éponyme. L’album Journeyman, enregistré en 1989 avec des collaborations de George Harrison, Robert Cray, Daryl Hall, Chaka Khan, Mick Jones du groupe Foreigner et Phil Collins à la batterie sur Bad Love, confirme aux yeux du public la renaissance artistique de Clapton.
Mais, encore une fois, le guitariste n’a guère le temps de profiter de son succès. En 1985, il rencontre Yvonne Kelly, avec qui il a une petite fille, Ruth. Cette liaison, puis celle avec le mannequin italien Lory Del Santo, qui lui donne en 1986 un fils, Conor, mènent à son divorce de Pattie Boyd en 1988. Puis, au début des années 1990, deux tragédies majeures touchent Clapton. Il y a tout d’abord la mort, le 27 août 1990, du guitariste Stevie Ray Vaughan, alors en tournée avec Clapton. Vaughan se trouve avec deux membres de son équipe dans un hélicoptère qui s’écrase lors d’un trajet entre deux concerts. Clapton devait initialement faire partie du vol, avant de laisser sa place à Stevie Ray Vaughan. Le 20 mars 1991, son fils Conor, âgé de quatre ans, meurt brutalement des suites d’une chute du 53e étage, par la fenêtre de son appartement. Effondré, Clapton raconte ses émotions dans la chanson Tears in Heaven (1992) ainsi que dans la chanson Circus, un des titres de l’album Pilgrim (1998).
Renouveau de Slowhand (1992–1999)
En 1991, Eric Clapton pousse son vieil ami, George Harrison, à reprendre la route. Les deux camarades commencent par une tournée au Japon, où ils reprennent les vieux standards de ce dernier. Une tournée européenne est prévue mais annulée. Un enregistrement en public est cependant disponible : Live In Japan.
Mais le véritable grand retour de Clapton sur la scène musicale se fait en 1992 avec l’album Unplugged, où il reprend, en public et en acoustique, des standards de blues et ses propres chansons. L’album, qui contient notamment une version de Layla devenue un tube, remporte un immense succès. Le guitariste confirme ce retour à ses premières racines musicales, en 1994, avec l’album From The Cradle, entièrement constitué de reprises de vieux (voire très vieux) morceaux de blues. Dans cet album, le plus grand succès commercial de l’année 1994 en Angleterre, Eric démontre sa maîtrise hors du commun, à la guitare électrique, de tous les styles de blues. L’album obtient le Grammy Award du meilleur album de blues traditionnel en 1995.
Les années suivantes, Clapton partage son temps entre des collaborations avec Carlos Santana et B. B. King, qui remportent un immense succès, et des albums de musique électronique (Retail Therapy en 1997, puis Pilgrim en 1998), qui déclenchent beaucoup moins d’enthousiasme.
Il est des amis de Luciano Pavarotti avec qui il interprète Holy Mother en 1996, lors du concert for War Child, et également en 2003 pour SOS Irak. Une version est disponible sur l’album Pavarotti – The Duets. Sortant régulièrement de nouveaux albums suivis de tournées à travers le monde (notamment au Japon et en Amérique latine), le guitariste semble même avoir trouvé un certain bonheur conjugal et domestique : en 1999, à l’âge de 54 ans, Clapton rencontre, à Los Angeles, la jeune vendeuse Melia McEnery (elle a 23 ans), qu’il épousera un peu plus tard, en 2002, dans son propre village natal du comté anglais de Surrey, Ripley. En 2005, le couple a déjà trois filles : Julie Rose (née en 2001), Ella Mae (née en 2003) et Sophie Belle (née en 2005).
Années 2000–2010
L’album Reptile (2001), sans rencontrer un très grand succès, sera toutefois bien accueilli : Clapton y chante et joue avec beaucoup de son ancienne conviction. C’est dans cet album que l’on trouve la chanson — surprenante de gaieté — Believe in Life, dont l’artiste dira, au cours d’une interview donnée quelque temps plus tard, que c’est « l’une de ses chansons préférées ». Chanson d’amour très simple, elle a été écrite en hommage à son épouse Melia. En 2002, à la demande de Olivia et Dhany Harrisson, Clapton organise et dirige le Concert for George au Royal Albert Hall de Londres en hommage à son ami de toujours George Harrison, mort d’un cancer du poumon un an plus tôt. Ce concert réunit notamment Paul McCartney, Ringo Starr, Jeff Lynne, Tom Petty et le virtuose du sitar indien Ravi Shankar et sa fille Anoushka.
Clapton a été invité sur l’album True Love de Toots and the Maytals, qui a gagné le Grammy du meilleur album reggae en 2004, et qui inclut de nombreux musiciens notables dont Willie Nelson, Jeff Beck, Trey Anastasio, Gwen Stefani / No Doubt, Ben Harper, Bonnie Raitt, Manu Chao, The Roots, Ryan Adams, Keith Richards, Toots Hibbert, Paul Douglas, Jackie Jackson, Ken Boothe, et The Skatalites.
Slowhand organise et dirige également le premier festival de guitare Crossroads Guitar Festival au stade Cotton Bowl de Dallas (Texas), du 4 au 6 juin 2004, destiné à financer le centre de désintoxication Crossroads Centre situé sur la petite île d’Antigua (mer des Caraïbes), et fondé en 1998. Ce festival, qui réunit les plus grandes vedettes de la guitare électrique, connait un immense succès, ce qui pousse Eric à organiser une seconde séance au Toyota Park de Bridgeview près de Chicago (Illinois) le 28 juillet 2007. Une troisième séance du Crossroads Guitar Festival a eu lieu le 26 juin 2010. Gregg Allman, qui a subi avec succès une greffe du foie le 23 juin, est remplacé par Derek Trucks et Susan Tedeschi. Après ces succès, Eric organise un quatrième festival de guitare Crossroads au Madison Square Garden de New York en avril 2013.
En 2005, Eric Clapton reforme Cream avec Jack Bruce et Ginger Baker pour une série de concerts, les 2, 3, 5 et 6 mai au Royal Albert Hall de Londres, ainsi qu’au Madison Square Garden de New York quelques mois plus tard. Les concerts sont enregistrés et font l’objet d’une publication sous forme de DVD et CD, à la fin de la même année. Parmi les albums sortis par Clapton, on remarque entre autres Me & Mr Johnson (2004), disque de reprises du bluesman Robert Johnson, qui est depuis toujours la plus grande influence du guitariste, et sa collaboration récente (novembre 2006) avec la légende du blues blanc J.J. Cale, The Road to Escondido.
En février 2008, Clapton et Steve Winwood donnent un concert au Madison Square Garden, à New York. Le concert a été enregistré, et un CD et un DVD sont sortis en mai 2009. Les deux anciens membres de Blind Faith se sont retrouvés sur scène, entre le 10 et le 30 juin 2009 pour une série de 14 concerts aux États-Unis et furent annoncés à Anvers, au Sportpaleis Antwerp pour le 23 mai 2010 et à Paris, au POPB pour le 25 mai 2010. Ils repartageront ensuite la scène au Royal Albert Hall de Londres pour une série de 5 concerts qui eurent lieu entre le 26 mai et le 1er juin 2011 avant d’entamer une tournée de 13 concerts au Japon en novembre et décembre 2011.
En janvier 2010, Eric Clapton reforme avec Yoko Ono et Paul Simon le groupe Plastic Ono Band pour des concerts à Central Park en mars. Son dernier opus (Reprise records, 2010) sobrement titré Clapton est un recueil de titres jazzy sur lesquels apparaissent entre autres ses vieux complices Jim Keltner, J.J. Cale, Paul Carrack ou encore Sheryl Crow, Doyle Bramhall II et Derek Trucks. Kim Wilson et Wynton Marsalis entrent dans le cercle des musiciens qui ont joué avec Clapton. D’autres participations de 2011 d’Eric Clapton comprennent : avec Chris Barber sur Memories Of My Trip ; avec Robbie Robertson sur How To Become Clairvoyant ; avec Paul Wassif sur Looking Up Feeling Down. Clapton apparait aussi dans le documentaire de 2011 Reggae Got Soul: The Story of Toots and the Maytals / Le reggae a de l’âme: l’histoire de Toots and the Maytals qui a été diffusé sur la chaîne BBC et a été décrit comme « l’histoire jamais racontée de l’un des artistes les plus influents à avoir jamais émergé de Jamaïque ».
Les 7, 8 et 9 avril 2011, Wynton Marsalis et Eric Clapton ont joué ensemble au Lincoln Jazz Center de New York City, Taj Mahal assurait la première partie et a rejoint les deux légendes pour deux titres. La première soirée était un concert de charité. Un double CD de ces concerts est sorti le 10 septembre 2011. Le 24 février 2012, Eric partage la scène avec Keith Richards, Kim Wilson, Derek Trucks et d’autres grandes vedettes à l’Apollo Theater de New York lors d’un concert intitulé Howlin’ For Hubert donné en l’honneur du bluesman Hubert Sumlin, décédé le 4 décembre 2011 à l’âge de 80 ans. Les 13 et 14 novembre 2013, sous le titre The One And Only, il se produit aux Baloise Sessions de Bâle [18]. Quelques jours plus tard, un mix des 2 concerts sera radiodiffusé sur les ondes de la chaîne suisse SRF3 puis diffusé sur la Web TV de Arte. En 2014, Clapton entreprend une tournée mondiale en Asie, en Amérique et en Europe avant d’entamer une série de concerts au Madison Square Garden de New York et au Royal Albert Hall de Londres en mars 2015 à l’occasion de son 70e anniversaire. Depuis 2015, le chanteur souffre d’une lésion du système nerveux, la neuropathie périphérique, maladie qui handicape ce maître de la guitare dans son jeu.
En 2016 sort son 23e album, I Still Do.
Années 2020
Le 18 décembre 2020, sort Stand and Deliver, un single anti-confinement et anti-masque, en collaboration avec Van Morrison. Le bénéfice des ventes est reversé au Lockdown Financial Hardship Fund (fonds d’urgence pour les musiciens confrontés à des difficultés financières liées à la situation sanitaire / Fondation Officielle de Van Morrison). Une polémique se greffe à la mise en ligne du titre.
En février 2021, Eric Clapton apprend que ses concerts prévus au Royal Albert Hall sont annulés du fait de la pandémie de Covid. Determiné à jouer même en l’absence de public, il réunit ses musiciens à Cowdray House, dans le Sussex, et décide d’enregistrer les sessions. Seule spectatrice, sa femme Melia, est The Lady in the balcony, ce qui donnera son titre à l’album. Cet album reprend plusieurs de ses grands classiques, tirés notamment d’Unplugged, mais également des standards du blues ainsi que des morceaux de JJ Cale et Fleetwood Mac.
Polémique et controverses
Immigration et racisme
Lors d’un concert à Birmingham le 5 août 1976, Clapton provoque un tollé et une polémique qui va perdurer, lorsqu’il se déclare contre l’augmentation de l’immigration. Visiblement ivre, Clapton exprime alors son ferme soutien au politicien britannique controversé de droite Enoch Powell. Il s’adresse ainsi au public :
« Y a-t-il des étrangers dans le public ce soir ? Si oui, merci de lever vos mains. Alors où êtes-vous ? Eh bien où que vous soyez, je pense que vous devriez tous partir. Pas seulement quitter le concert, mais quitter notre pays. Je ne veux pas de vous ici, dans la salle ni dans mon pays. Écoute-moi, mec ! Je pense qu’on devrait voter pour Enoch Powell. Enoch est notre homme. Je pense que Enoch a raison, je pense qu’on devrait tous les renvoyer chez eux. Arrêtez de transformer la Grande-Bretagne en colonie noire. Expulsez les étrangers. Expulsez les métèques [« wogs »]. Expulsez les bamboulas [« coons »]. Gardez la Grande-Bretagne blanche. Avant j’étais accro à la drogue, maintenant je suis accro au racisme. C’est beaucoup plus intense, mec. Putains de métèques, mec. Putains de Saoudiens qui prennent le contrôle de Londres. Salauds de métèques. La Grande-Bretagne devient surpeuplée et Enoch va arrêter tout ça et va tous les renvoyer chez eux. Les moricauds et les métèques et les Arabes et les putains de Jamaïcains ne sont pas d’ici, nous ne voulons pas d’eux ici. Ici c’est l’Angleterre, c’est un pays blanc, nous ne voulons qu’aucun moricaud ou métèque ne vive ici. Nous devons leur faire comprendre qu’ils ne sont pas les bienvenus. L’Angleterre est pour les Blancs, mec. Ici c’est la Grande-Bretagne, un pays blanc, qu’est-ce qui nous arrive, bordel ? Jetons les métèques dehors ! Gardons la Grande-Bretagne blanche[26],[27] ! »
À cette époque, « Keep Britain White » est un slogan du parti d’extrême droite le Front national britannique. Cet incident, de même que certaines remarques controversées faites par David Bowie, ainsi que l’utilisation de l’imagerie nazie par les artistes punks Sid Vicious et Siouxsie Sioux, sont les principaux déclencheurs de la création de la campagne Rock Against Racism, qui donne lieu à un concert le 30 avril 1978.
Dans une interview donnée au magazine Sounds en octobre 1976, Clapton déclare qu’il n’est pas un homme politique et que ses remarques décousues lors du concert ne sont pas pertinentes. Dans une interview de 2004 avec Uncut, Clapton fait référence à Enoch Powell comme étant « incroyablement courageux ». Il déplore que le Royaume-Uni « invite les gens à venir comme main-d’œuvre bon marché et les met ensuite dans des ghettos ». En 2004, Clapton déclare à un journaliste de Scotland on Sunday : « Il n’y a aucune chance que je sois raciste. Cela n’aurait aucun sens. » Dans son autobiographie publiée en 2007, Clapton affirme être « inconscient de tout cela ». Dans une interview de décembre 2007 au South Bank Show, Clapton déclare ne pas être raciste, mais continuer à croire que les positions de Powell sont pertinentes.
Lors d’une interview radiophonique à la BBC en 2018, Clapton aborde ses addictions passées et déclare que « durant les 20 années d’alcoolisme pendant lesquelles j’ai fait des choses vraiment offensantes, j’étais une mauvaise personne ». Il réaffirme qu’il n’est pas contre les immigrés et qu’il apprécie les contributions apportées par les musiciens internationaux à la scène musicale britannique.
Chasse au renard
Clapton soutient la Countryside Alliance, une association qui promeut les sports de plein air et les sujets relatifs à la campagne. Il a organisé des concerts afin de collecter des fonds pour l’organisation, et s’est publiquement opposé à l’interdiction de la chasse au renard par le Parti travailliste en 2004. Un porte-parole de Clapton a ainsi déclaré : « Eric soutient la Countryside Alliance. Il ne chasse pas lui-même, mais apprécie les activités rurales telles que la pêche et le tir. Il soutient les efforts de l’Alliance pour supprimer l’interdiction, car il n’est pas d’accord avec l’ingérence de l’État dans les activités privées des gens. ».
Pandémie de Covid-19
Pendant la pandémie de Covid-19, Clapton et Van Morrison collaborent en novembre 2020 à un morceau intitulé Stand and Deliver, aux paroles anti-confinement et anti-masque, dont les bénéfices sont reversés au Lockdown Financial Hardship Fund de Van Morrison (Fonds pour les épreuves financières du confinement). La prise de position de Morrison est décrite par le ministre de la Santé d’Irlande du Nord, Robin Swann, comme « une calomnie envers toutes les personnes impliquées dans l’effort de santé publique », qui apporte « un grand réconfort aux complotistes – la brigade des couvre-chefs en aluminium qui part en croisade contre les masques et les vaccins et pense que tout ceci est un gigantesque complot mondial pour supprimer les libertés ». En juillet 2021, Clapton écrit : « Je ne me produirai pas sur une scène où le public est discriminé », en réponse à l’obligation du passeport vaccinal pour assister aux concerts décidée par Boris Johnson.
L’expression « stand and deliver » signifie « donnez ce qui est demandé », et était à l’origine utilisée par les bandits de grand chemin détroussant les voyageurs. La chanson se termine par une remarque sur le fait que Dick Turpin, célèbre bandit de grand chemin, « portait lui aussi un masque ». Un des couplets dit : « Vous les avez laissé mettre la peur en vous / Mais rien de tout ça n’était vrai ». Clapton déclare que « nous sommes nombreux à soutenir Van et ses efforts pour sauver la musique vivante. Il est une source d’inspiration. Nous devons nous lever et être pris en compte car nous devons trouver un moyen de sortir de ce gâchis. ».
Soutien de Robert Francis Kennedy Jr.
En 2023, il soutient le militant anti-vaccination Robert Francis Kennedy Jr. dans sa levée de fonds pour sa campagne présidentielle en vue de l’élection de 2024.
Matériel
Guitares
Eric Clapton reste lié à l’image de guitares mythiques, et en particulier certaines, qui l’accompagnent depuis des années :
- la Fender Telecaster, dans les années Yardbirds ;
- la Fender Jazzmaster, également dans les années Yardbirds ;
- la Gibson Les Paul, dans les années Bluesbreakers et début Cream, surnommée « Beano Les Paul », en référence à la BD qu’Eric lit sur la pochette de l’album Bluesbreakers with Eric Clapton ;
- la Gibson SG, surnommée Fool SG, dans les années Cream, dont la finition multicolore fut attribuée à un couple de peintres néerlandais, Simon Posthuma et Marijke Koger, à l’origine du collectif The Fool ;
- la Gibson Firebird, que l’on retrouve encore une fois à la période Cream ;
- la Gibson ES-335, également dans les années Cream et qui a fait l’objet d’une série limitée chez Gibson en 2005 ;
- la Fender Stratocaster noire, Blackie, la guitare fétiche de l’artiste, vendue aux enchères chez Christie’s en 2004, pour la somme de 959 000 dollars ;
- La Fender Stratocaster 1956 de couleur Sunburst, Brownie, acquise à Londres en 1970 ;
- la Fender Custom Telecaster de la période Blind Faith 1969-1970. Cette guitare au coloris brown sunburst du milieu des années 1960 avait le manche de Brownie attaché au corps. Eric utilisa cette guitare lors d’un concert donné au Hyde Park de Londres en 1969 ;
- la Fender Stratocaster multicolore, Crash 3, également vendue aux enchères. Elle fut la guitare de scène principale d’Eric lors du premier festival de guitare Crossroads Guitar Festival qu’il organisa à Dallas en 2004 ;
- la Fender Stratocaster dorée Gold Leaf de 1996. Elle fut fabriquée par le Fender Custom Shop pour Eric à l’occasion du 50e anniversaire de la firme américaine. La Gold Leaf Stratocaster comprenait un corps en aulne sélectionné couvert de paillettes en or massif de 24 carats avec un accastillage assorti au corps, un manche en érable flammé au profil « V » adouci avec 22 frettes moyennes, des micros actifs Lace Sensor Gold avec un circuit TBX et un mid-boost actif de 25 dB, des mécaniques Kluson traditionnelles et un chevalet vibrato « bloqué ». Clapton utilisa cette guitare au Festival de Jazz de Montreux (Suisse) en 1997, qui, huit ans plus tard, fera l’objet d’une réédition limitée (limited-edition run) de 50 pièces, excepté les trois micros actifs Fender Vintage Noiseless et un réglage de tonalité passive traditionnelle remplaçant le circuit TBX du modèle original ;
- la Martin 000-42, jouée notamment sur l’album MTV Unplugged ;
- le synthétiseur de guitare GR-505 du géant japonais des synthétiseurs Roland, utilisé dans certaines chansons de l’album Edge of Darkness, sorti en 1985. Cette guitare au coloris Candy Apple Red (Rouge Pomme d’Amour), fabriquée par la firme japonaise Ibanez en 1982, fut également utilisée sur l’album Behind the Sun, paru quelques mois avant la sortie de la série télévisée Edge of Darkness en 1985, ainsi que sur l’album et la tournée The Pros and Cons of Hitch Hiking avec Roger Waters en 1984 et vendue aux enchères en 1999.
Amplificateurs
Eric Clapton utilisa des Vox AC30 avec les Yardbirds.
À partir du milieu des années 1960, il utilisa des amplificateurs Marshall. La légende raconte qu’il demanda à Jim Marshall de lui créer un amplificateur combo assez petit pour rentrer dans le coffre de sa voiture, mais assez puissant pour utiliser sur scène. Il en naît les combos Marshall 1961/1962, qu’il utilisa lors des sessions de l’album Blues Breakers with Eric Clapton avec John Mayall & Bluesbreakers. À la suite de ces sessions, l’amplificateur adopta le surnom « Bluesbreaker ». Il s’agit encore aujourd’hui d’un des amplificateurs les plus importants de la marque.
Avec Cream, il utilisa des Marshall JTM45/100.
À partir de Blind Faith, il utilisa un grand nombre d’amplificateurs Fender (Fender Dual Showman, Fender Champ, Fender Twin Tweed). De nos jours, on le voit principalement avec des Fender Twin Tweed du Custom Shop de Fender.
Il utilisa aussi au cours de sa carrière des amplificateurs Dumble, Music Man et SLO.
Discographie : https://www.discogs.com/fr/artist/17827-Eric-Clapton
CHUCK JACKSON
Chuck Jackson est un chanteur de rhythm and blues américain né le en Caroline du Sud et mort le . Il est l’un des premiers artistes produits avec succès par Burt Bacharach et Hal David. Il interprète plusieurs chansons au succès modéré à partir de 1961, dont I Don’t Want to Cry, Any Day Now, I Keep Forgettin’ voire All Over The World, certaines se classant au Billboard Hot 100.
Il est l’un des premiers fondateurs du genre rhythm and blues.
Il reçoit un Pioneer Award à la Rhythm and Blues Foundation en 1992 ainsi qu’un Joe Pope Pioneer Award au Carolina Beach Music Hall Of Fame en 2009.
Biographie
Jackson naît le à Latta, Caroline du Sud, d’une mère nommée Lucille et d’un père qu’il a jamais connu. Jackson a un frère et trois sœurs. Sa mère le met sous la garde de ses grands-parents alors il n’a que dix-huit mois. Voulant échapper au travail fatigant dans les champs de coton, sa mère déménage au nord de Pittsburgh en Pennsylvanie, pour trouver du travail, sans Jackson. Les grands-parents de Jackson le font travailler très jeune dans la cueillette du coton dans les champs en Caroline du Sud. Sa lutte contre la fatigue dans les champs pendant les périodes chaudes est la musique. Le jeune garçon commence à chanter du gospel dans une chorale à l’église à l’âge de six ans. Il est si doué qu’à l’âge de huit ans, il possède sa propre émission de radio de quinze minutes le dimanche matin dans lequel il joue du piano et pratique le chant. À douze ans, Jackson participe à un concours à l’échelle de l’État avec la chorale de son église. Mais la Cour suprême américaine décide d’appliquer la ségrégation inconstitutionnelle dans les écoles en Caroline du Sud à l’encontre des étudiants afro-américains. Chuck Jackson connaît à treize ans la fermeture de son école. Il est renvoyé travailler dans les champs de coton mais décide très vite de son plein gré de suivre sa mère vers le nord à Pittsburgh en 1950 pour obtenir une éducation.
Carrière
En 1955, Chuck Jackson intègre le groupe de doo-wop The 5 Mellows en tant que chanteur ténor. Après son départ du groupe, ce dernier est renommé The 4 Dots. En 1955 et 1956, Jackson commence à chanter et enregistrer avec les Ray Raspberry Gospel Singers basé à Cleveland aux côtés de Doris Willingham.
Encore jeune homme, Chuck Jackson retourne en Caroline du Sud en 1956 pour utiliser sa bourse. Il est inscrit à South Carolina State College (SCSC) à Orangeburg, école spécialisée en musique. Chuck étudie avec le chef du département de la musique et les mentors Ellen Simmons et Clyde Toomer. Mais une fois de plus, la ségrégation très présente au Sud le force à repartir au Nord à Pittsburgh. Au SCSC, Jackson a été en fait victime de l’une des premières grandes batailles lors du mouvement des droits civiques.
Entre 1957 et 1959, il est membre d’un autre groupe de doo-wop The Del-Vikings, dont il est le chanteur principal sur une des chansons du groupe Willette en 1957.
De Wand à Motown
Après son départ du groupe, Jackson est découvert par le chanteur de blues Jackie Wilson et accepte son offre de joindre la Jackie Wilson Revue au Apollo Theater à New York en 1960. Wilson accorde à Jackson une performance solo lors de ses prestations. Jackson part en tournée avec la Jackie Wilson Revue en apparaissant dans d’autres salles de spectacles comme The Regal à Chicago, The Uptown à Philadelphie, et The Howard à Washington (D.C.). Il est notamment découvert par le producteur Luther Dixon pendant sa performance solo au concert de Wilson. D’autres labels tels que Brunswick (sous lequel Wilson enregistre régulièrement), RCA et Columbia manifestent leur intérêt de recruter Jackson mais ce dernier décide de signer un contrat d’enregistrement avec la filiale Wand Records du label Scepter Records. Dans un entretien téléphonique en 2004, il commente que : « il y avait une atmosphère de vraie famille chez Scepter. Tout le monde se connaissait ». Son premier single sous ce label sort en 1961, I Don’t Want to Cry, qu’il coécrit, est son premier succès. La chanson est classée à la fois au no 5 du classement Top R&B et no 23 de celui du Top Pop[5]. À cette occasion, sort également un premier album homonyme à la même année, dans lequel il interprète même une reprise d’une chanson à succès de Jackie Wilson, Lonely Teardrops, sortie en 1958. En 1962, son interprétation du titre Any Day Now, à l’origine de Burt Bacharach et Bob Hilliard, devient un autre succès. Sa popularité dans les années 1960 ne fait que croître et le pousse à collaborer avec d’autres artistes reconnus de son époque comme Maxine Brown, voire Tammi Terrell (une future vedette de la Motown) bien plus tard.
Mais l’association de Jackson avec Wand touche à sa fin et Jackson signe en 1967 un contrat avec une maison de disque très réputée, la Motown : « J’ai longtemps été proche de Berry Gordy et sa famille avant même qu’il ne fonde Motown… ». Jackson explique son départ de Wand lors d’un entretien en février 2004 : « La directrice Florence Greenberg et moi nous sommes disputés au téléphone après qu’elle a refusé de payer mes musiciens devant jouer avec moi à une convention d’un disc-jockey. Elle m’a dit que si cela ne convenait pas, je pouvais partir, mais que cela me coûterait […]. Alors j’ai appelé Smokey Robinson et je lui ai dit que si la Motown me voulait, j’étais prêt mais j’avais besoin d’aide pour obtenir de l’argent afin d’acheter mon contrat avec Wand. Trois jours plus tard, je suis entré dans le bureau de Florence avec un chèque. Elle l’a pris, mais elle était en larmes. Elle ne voulait pas vraiment que je m’en aille… ».
Cependant, trois ans passés avec Motown ne font pas ramener Jackson en tête des charts, même si plusieurs chansons sorties sous ce label figurent néanmoins les classements du Top R&B. Il enregistre un album intitulé Chuck Jackson Arrives! (ou simplement Arrives!) qui est classé 48e au Top R&B Album Charts ; il enregistre encore deux autres albums sous ce label (le dernier étant distribué par l’étiquette V.I.P de Motown) et le quitte en 1970 pour signer un autre contrat chez ABC Records des années plus tard.
Durant l’été 1969, il se produit au Harlem Cultural Festival.
Contrats avec d’autres labels et nomination aux Grammy Awards
Jackson enregistre un album sous ABC Records Through All Times qui sort en 1973, dont le single I Only Get This Feeling qui atteint la 35e du classement Top R&B la même année et I Can’t Break Away qui celui-ci est classé 62e au Top R&B en 1974. Après que la maison de disque ABC ait fait faillite, Jackson signe avec un autre label All Platinum. Jackson classe une autre chanson cette fois-ci no 9 dans les classements, intitulée Love Lights dont le genre est le disco qui est très à la mode à cette époque, sorti sur le label All Platinum en 1975, et Jackson publie un nouveau hit l’année suivante I’m Needing You, Wanting You, classé no 30 au Top R&B. Jackson ne sort qu’un seul album sous le même label intitulé Needing You, Wanting You. En enregistrant sur le label Baby Bollox Jackson atteint les classements Top R&B avec une reprise de la chanson de Bob Marley I Wanna Give You Some Love en 1980. Il sort à la même année deux derniers albums sous un label major comme EMI Records. Jackson ne sort plus vraiment de disques durant les années 1980 jusqu’en 1989 où il enregistre une chanson All Over The World sous Nightmare Records qui devient l’un des titres les plus reconnus en son nom.
Il enregistre en 1992 un autre album intitulé I’ll Take Care of You en duo avec la chanteuse de gospel Cissy Houston. Il reçoit à la même année un prix en tant qu’un des pionniers du rhythm and blues. Jackson collabore avec une autre artiste et amie de longue date Dionne Warwick en 1998 sur la chanson If I Let Me Go et sont tous les deux nommés aux Grammy Awards en tant que meilleur duo ; la chanson reçoit notamment des critiques élogieuses et est classée no 19 sur les classements du Gavin Adult Contemporary. Jackson sort un autre titre What Goes Around, Comes Around et ce dernier atteint le no 13 au Gavin Charts.
Plus récemment, dans les années 2000, pour se souvenir de la lutte pour les droits civiques dans son état natal, Chuck Jackson travaille avec les leaders civiques et donne de son temps à l’amélioration de la vie du centre-ville en effectuant en concert et organisant divers événements. Une compilation sort en 2005, intitulée Chuck Jackson – The Motown Anthology, regroupant les meilleures chansons pendant ses « années Motown ». Aujourd’hui, l’artiste organise également des spectacles et d’autres événements spéciaux au Apollo Theater de New York où il a commencé sa carrière solo il y a plus de cinquante ans.
Il meurt le 16 février 2023.
Récompenses
- 1992: Rhythm and Blues Foundation, « Pioneer Award »
- 2009: Carolina Beach Music Hall Of Fame « Joe Pope Pioneer Award »
Discographie : https://www.discogs.com/fr/artist/1419846-Chuck-Jackson-2
CARTE DE SÉJOUR
Carte de séjour est un groupe de rock français actif dans les années 1980, originaire de Lyon. Il est formé en 1980 à Rillieux-la-Pape par Rachid Taha (1958-2018), Djamel Dif, Mokhtar Amini, Mohamed Amini, et Jérôme Savy qui remplace Éric Vacquer en 1982.
Grâce à son histoire, son style musical et son nom, ce groupe participe grandement à l’émergence en France sur le plan artistique de la communauté française d’origine maghrébine dite de « seconde génération » (les Beurs), notamment avec la reprise de la chanson Douce France de Charles Trenet en 1986. Il est le premier groupe à établir une fusion entre rock français et les musiques méditerranéennes, dont le raï.
Biographie
Les membres de Carte de séjour se sont tous rencontrés dans la banlieue lyonnaise – dans laquelle ils résident pour la plupart – à la fin des années 1970. Ils jouent pour la première fois en public à la Maison de la jeunesse et de la culture de Rillieux-la-Pape leur « arab rock » alliant les influences musicales occidentales (du punk rock de The Clash à Bob Marley en passant par James Brown).
Paradoxalement c’est Jérôme Savy qui amènera les consonances arabes à la musique, c’est compréhensible, personne ne veut faire la musique de ses parents dans la post-adolescence. Jérôme n’a pas de lien avec le Maghreb. La jonction de la musique arabe dans la composition se fera par le rock. Par cet exemple on comprend que toutes les problématiques d’intégration ne sont pas réelles. À l’adolescence tous les jeunes veulent faire du rock qu’ils viennent d’Asie ou d’Afrique, ils sont attirés par les mêmes musiques. Il n’y a pas besoin de loi pour que les mélanges se fassent. La musique rock va donc s’enrichir aux sons des percussions de Brahim M’Sahel (mort en 2024) et du Oud de Jalal Jallane. Le groupe installe son local de répétition, place Tolozan, sur les pentes du quartier cosmopolite de la Croix Rousse, où se produisent des rencontres fécondes entre « rhorhos » (jeunes immigrés du Maghreb) et « rockers » branchés du centre-ville. Carte de séjour y élabore une musique festive et engagée, dénonçant le racisme quotidien, la difficulté d’accès au logement ou les violences faites aux femmes et prônant dans ce contexte identitaire difficile l’intégration et les fondements de la tolérance.
Le groupe se produit fréquemment dans les concerts-meetings du collectif Zaâma d’Banlieue. Son premier maxi 45 tour Zoubida paraît en 1982, puis deux albums, Rhorhomanie (1984) et 2 ½ (1986). Entre 1980 et 1989, Carte de séjour se produit dans toute la France ainsi que dans des festivals prestigieux en Europe et au Maghreb. Le groupe est d’abord repéré et produit par Bernard Meyet sur son jeune label Mosquito. Le batteur Djamel Dif dit « Jess » quitte le groupe fin 1982. Il se produira avec d’autres noms de la chanson orientale tels Sapho, Khaled et réalisera la production de musique Raï avec l’enregistrement Disque d’or du Raï chez Musidisc à la suite de la création du premier « label beur » Hamedi.
Le groupe se produit alors en concert au Palais des sports de Poitiers en première partie de Téléphone ou durant la marche pour l’égalité et contre le racisme en 1982 à la Bastille. Après plusieurs émissions de télévision comme Mégahertz, Droit de réponse de Michel Polac, et Mosaïque le groupe commence à avoir une réputation nationale. Leur premier tube est Zoubida.
Carte de séjour, dont les membres sont fans de Fadela et Sahraoui (bientôt sur Radio Bellevue) s’oriente alors vers le raï algérien. La chanson qui marquera un tournant dans la carrière du groupe sera l’emprunt et la réinterprétation de la chanson de Charles Trenet Douce France en 1986. Elle est le symbole d’une jeunesse métissée et anti-raciste et porte sur le devant des questions sociétales sur la communauté française d’origine maghrébine dite des Beurs. Le premier enregistrement de Douce France par le groupe a eu lieu à Strasbourg, sur la demande des producteurs de l’émission de rock Potins, collages, rustines diffusée alors sur France 3 Alsace.
Le groupe se sépare en 1990. Rachid Taha entame dès lors une carrière solo avec son premier album Barbès paru en 1991.
Discographie : https://www.discogs.com/fr/artist/934473-Carte-De-S%C3%A9jour
JIMMY CLIFF
James Chambers, dit Jimmy Cliff, est un acteur et auteur-compositeur-interprète jamaïcain de reggae et de pop né le dans le Somerton District de la paroisse de Saint James (Colonie de Jamaïque, Antilles britanniques) et mort le à Kingston.
De renommée internationale, il est ouvert à différentes influences musicales. Ses chansons les plus célèbres sont : Many Rivers to Cross (1969), The Harder They Come (1972), Reggae Night (1984) et sa reprise de I Can See Clearly Now (1992).
Il a obtenu deux fois le Grammy Award du meilleur album de reggae : en 1986 pour Cliff Hanger ainsi qu’en 2013 pour Rebirth.
En 2010, il entre au Rock and Roll Hall of Fame.
Biographie
Débuts
Élevé par son père dans un milieu très pauvre, Jimmy Cliff quitte l’école à treize ans. Il apprend les chansons de rock ‘n’ roll de Fats Domino, Little Richard, Bobby Day ou Dee Clark. Sa carrière débute lorsqu’il quitte la campagne en autobus pour la capitale Kingston, où il rencontre Count Boysie (ne pas confondre avec Count Basie…) avec qui il enregistre les ska Daisy Got Me Crazy et I’m Sorry pour le sound system de sir Cavalier.
Fin 1961, il propose quelques chansons à Leslie Kong, dont le titre Dearest Beverley, qui décide le marchand de glaces à investir dans son premier enregistrement et à créer la marque Beverley’s. Le disque sort en Angleterre chez Island Records en même temps que celui de Bob Marley. Mais seul Hurricane Hatty de Jimmy Cliff deviendra un succès. Il enregistre d’autres singles chez Leslie Kong, dont King Of Kings et l’énorme succès local Miss Jamaica.
En 1964, Jimmy Cliff part en tournée avec Byron Lee, et s’envole avec lui pour New York en compagnie de Prince Buster, Millie Small et Delroy Wilson dans le but de promouvoir le ska aux États-Unis. Au cours de la même année, il est choisi comme l’un des représentants de la Jamaïque à l’Exposition universelle, et participe à un programme appelé This is Ska! aux côtés de Prince Buster, Toots and the Maytals, et Byron Lee and the Dragonaires. En 1965, il part pour Londres où il rencontre Chris Blackwell. Celui-ci le fait tourner avec un groupe de rockeurs blancs, dont Ian Hunter à la guitare et P.P. Arnold aux chœurs (ils passent à Paris au Palais des Sports en 1968). Il enregistre la reprise de Whiter Shade Of Pale de Procol Harum pour Island.
Premiers succès internationaux
En 1968, au Brésil, il représente la Jamaïque au concours international de la chanson qu’il gagne avec le titre Waterfall, qui lui vaut un succès énorme en Amérique du Sud. Il signe alors chez A&M et écrit le reggae Wonderful World, Beautiful People qui triomphe en Angleterre en 1969. Son premier album, réalisé par Leslie Kong, sort chez A&M aux États-Unis et chez Trojan en Grande-Bretagne. Il contient le morceau Vietnam, qui fait grande impression à Bob Dylan et à Paul Simon. On y trouve aussi la ballade Many Rivers To Cross, repris plus tard par Joe Cocker. En 1970 il reprend la chanson Wild World de Cat Stevens.
Jimmy Cliff obtient alors le premier rôle dans le film The Harder They Come de Perry Henzell qui raconte la dure réalité de l’industrie du disque en Jamaïque. Le tournage du film dure deux ans. Entretemps, Jimmy enregistre deux autres disques, Hard Road To Travel (Trojan-A&M) où l’on trouve une influence jamaïcaine teintée de pop anglaise. Avec Another Cycle (Island), il affirme son intention de toucher à tous les styles.
La bande-son du film est un grand succès pour Island. Il contient deux versions de The Harder They Come et les morceaux You Can Get It If You Really Want et Sitting In Limbo. Les autres titres sont de Desmond Dekker, Toots & The Maytals, The Melodians, Scotty et The Slickers. Jimmy refuse alors la proposition de Chris Blackwell et signe chez EMI et sort l’album Unlimited, sans succès. Il retourne alors chez Island et renoue avec un reggae rapide typique des premières années avec Struggling Man (1974).
Il enregistre des disques de pop, s’essaie aux rythmes sud-américains et collabore avec le chanteur de reggae Joe Higgs. Il enchaîne plusieurs albums aux styles ensoleillés dans différentes maisons de disques.
Évolution
En 1982, le titre Many Rivers to Cross est utilisé dans une publicité télévisée pour un parfum en France. La chanson est rééditée en 45 tours et se vend à 150 000 exemplaires.
L’année 1982 est une année charnière pour Jimmy Cliff quand il signe un nouveau contrat avec CBS, il est tourné vers l’Afrique et l’Amérique du Sud. Parallèlement, il fait la connaissance d’Amir Bayyan, un des guitaristes et claviéristes de Kool & The Gang. Ensemble, ils produiront les albums The Power & The Glory (1983) (qui contient Reggae Night, We All Are One et sera disque d’or en France), Cliff Hanger (1985) (qui contient Hot Shot, American Sweet et lui permet d’obtenir son premier Grammy Award du meilleur album de reggae) et Hanging Fire (1987) (qui contient notamment Love me Love me). Les musiciens de Kool & The Gang participeront aux enregistrements de la plupart d’entre eux. Ces trois albums propulseront Jimmy Cliff sur la scène internationale. Ces albums ont souvent une connotation humaniste chère à Jimmy Cliff. Il participe également à l’album Sun City avec le groupe Artists United Against Apartheid créé par Steven Van Zandt. En 1986, il fait les choeurs sur l’album Dirty Work des Rolling Stones.
En 1992, il obtient un nouveau succès en reprenant I Can See Clearly Now de Johnny Nash. Le titre porte la bande-son du film Rasta Rockett. En 1994, il participe à la bande originale du dessin animé de Walt Disney Le Roi lion, (1994) avec le titre Hakuna Matata.
Il obtient enfin un dernier tube en France en duo avec Bernard Lavilliers : Melody Tempo Harmony. En 1996, il se produit à la Fête de l’Humanité. En 1997, il sort l’album Higher and Higher qui sera disque d’or en France. Dans l’Hexagone, Jimmy Cliff a vendu deux millions de singles et un million d’albums.
Années 2000 à 2025
Jimmy Cliff collabore avec Annie Lennox, Joe Strummer et Sting pour son album Fantastic Plastic People en 2002. Il retravaillera certaines chansons pour son album Black Magic en 2004 et leur donnera un son plus électronique.
Le 20 octobre 2003, le gouvernement jamaïcain décore Jimmy Cliff de l’Ordre du mérite.
En 2005, il interprète en duo avec Yannick Noah Take Your Time. Son titre Sitting in Limbo est utilisé pour la bande son du film In Her Shoes de Curtis Hanson.
En , il devient membre du Rock and Roll Hall of Fame lors d’une cérémonie d’intronisation tenue au Waldorf Astoria de New York. La même année, il sort l’album Existence.
Jimmy Cliff est apparu dans le documentaire de 2011 Reggae Got Soul: The Story of Toots and the Maytals (Le reggae a de l’âme : l’histoire de Toots and the Maytals) qui a été diffusé sur la chaîne BBC et a été décrit comme « l’histoire jamais racontée de l’un des artistes les plus influents à avoir jamais émergé de Jamaïque ». En 2012 paraît l’album Rebirth et lui vaudra son deuxième Grammy Award du meilleur album de reggae.
En 2022, après dix ans d’absence, il sort l’album Refugees pour lequel il collabore avec Wyclef Jean, Dwight Richards et sa fille Lilty Cliff.
Mort
Le 24 novembre 2025, son épouse annonce sur Instagram et Facebook la mort de Jimmy Cliff, survenue des suites d’une crise convulsive suivie d’une pneumonie, à l’âge de 81 ans.
Vie privée
Contrairement à la plupart de ses compatriotes qui adoptent les thèses du rastafarisme, Jimmy Cliff est d’abord chrétien de par son éducation. Il fera ensuite pendant quelque temps l’expérience de l’islam après une conversion au Sénégal (en prenant comme nouveau nom : El Hadj Naïm Bachir). Il affirme croire en la science.
Il est marié et a un fils, Aken, et deux filles, Lilty et Nabiyah Be, cette dernière est chanteuse et actrice.
Discographie : https://www.discogs.com/fr/artist/63019-Jimmy-Cliff
BOBBY CALDWELL
Robert Hunter Caldwell (né le 15 août 1951) est un chanteur américain et auteur-compositeur qui a enregistré le titre What You Won’t Do for Love, en 1978. Après plusieurs albums R&B et smooth jazz, Caldwell se tourne vers les standards du Great American Songbook et le répertoire de Frank Sinatra. Il demeure très populaire au Japon, où il fait l’objet d’un véritable culte.
Carrière
Bobby Caldwell est né à Manhattan, mais a grandi à Miami. Sa mère était agent immobilier et de l’un de ses clients a été le chanteur de reggae Bob Marley. Caldwell et Marley sont par la suite devenus amis. Le fait de grandir à Miami l’a exposé à une grande variété de musiques : haïtienne, latino, reggae et rhythm and blues. Il a grandi en écoutant la musique de Frank Sinatra et Ella Fitzgerald. À douze ans, il commence à jouer du piano et de la guitare. Il est attiré par le rock and roll, mais aussi de jazz et le rhythm and blues. À dix-sept ans, il travaille avec son groupe à Las Vegas, puis s’installe à Los Angeles.
Il signe avec TK Records à Miami. En 1978, après l’enregistrement des chansons pour son premier album, les dirigeants lui disent qu’ils sont enthousiastes pour l’album, mais lui reprochent le manque de « tube » potentiel. Caldwell reprend alors le chemin des studios pour deux jours et écrit What You Won’t Do for Love. TK était essentiellement un label de rhythm and blues populaire parmi les noirs Américains. Les cadres du label veulent alors dissimuler que Bobby Caldwell est blanc : il est donc représenté par une silhouette dans l’ombre d’un coucher de soleil sur la couverture de l’album. Quand il part en tournée avec Natalie Cole pour la promotion de l’album, la majorité de l’auditoire est noir et c’est une surprise pour lui de découvrir qu’il est blanc.
What You Won’t Do for Love atteint le top dix sur les classements Billboard Pop (N ° 9)5, R&B (N ° 6), et Adult Contemporary (N ° 10). La chanson a été reprise, réenregistrée et échantillonnée à de nombreuses reprises. Bobby Caldwell ressort lui-même une version en 1998. Elle a été reprise par Go West, Phyllis Hyman et Boyz II Men et a été échantillonnée par John Legend et Tupac Shakur.
Le premier album a été suivi par Cat in the Hat (1980) et Carry On (1982). Pour ce dernier album, il joue tous les instruments, est producteur et participe aux arrangements et au mixage. En 1983, Bobby Caldwell publie August Moon exclusivement pour le Japon. Ce disque sortira aux États-Unis dans les années 1990.
Boz Scaggs lui conseille d’écrire des chansons pour d’autres musiciens après la disparition de TK Records. Caldwell écrit The Next Time I Fall, qui est devenu un hit pour Amy Grant et Peter Cetera, et des chansons de Roy Ayers, Chicago, Natalie Cole, Neil Diamond, Roberta Flack, Al Jarreau, et Boz Scaggs.
Sur le Blue Condition (1996) Caldwell délaisse le RnB pour l’enregistrement d’arrangements big band de chansons du Great American Songbook, en particulier ceux chantés par Frank Sinatra. Il reprend aussi Sinatra dans l’hommage au « Rat Pack » de Las Vegas. Il continue de chanter des standards sur Come Rain or Come Shine (1999), The Consummate Bobby Caldwell (2010), et After Dark (2014). En 2015, il collabore avec le producteur Jack Splash sur l’album Cool Uncle.
Public japonais
Bobby Caldwell est très populaire au Japon, où il a été surnommé « Monsieur AOR » Ses concerts s’y jouent à guichets fermés. Au Japon, le terme « AOR », « Rock Orienté Adulte » ou encore « Rock orienté album » est utilisé pour décrire le style communément appelé « Adulte Contemporain » aux États-Unis : un format à la mélodie efficace calibré pour la radio. En 1992, il a reçu au Japon l’équivalent d’un Grammy Award du « meilleur artiste international ».
Discographie : https://www.discogs.com/fr/artist/57627-Bobby-Caldwell
BOB MARLEY
Robert Nesta Marley dit Bob Marley, né le 6 février 1945 à Nine Miles (Jamaïque) et mort le 11 mai 1981 à Miami (États-Unis) d’un cancer généralisé, est un auteur-compositeur-interprète et musicien jamaïcain. Il rencontre de son vivant un succès mondial, et reste à ce jour le musicien le plus connu du reggae, tout en étant considéré comme celui qui a permis à la musique jamaïcaine et au mouvement rastafari de connaître une audience planétaire. Il a vendu plus de 200 millions de disques à travers le monde.
Bob Marley commence sa carrière musicale en 1962. En 1963, il forme avec Bunny « Wailer » Livingston et Peter McIntosh un trio vocal, The Wailers. Avec Simmer Down, en 1964, qui appelle à la cessation des luttes entre les ghettos et à l’union contre la pauvreté, The Wailers rencontrent leur premier vrai succès local en Jamaïque. Beaucoup d’autres suivent jusqu’à 1968. Entre-temps, Bob Marley est devenu rasta à partir de 1966, sous l’influence de personnages importants (comme Mortimer Planno) du mouvement rastafari, alors en plein essor en Jamaïque.
Entre 1968 et 1971, les Wailers entament avec le producteur Lee « Scratch » Perry une collaboration très fructueuse qui génére quatre albums synthétisés en 1972 par le label Trojan sur l’album African Herbsman. Tout début 1973, sort sous le nom de groupe The Wailers Catch A Fire, puis Burnin’ en avril 1973, tous deux chez Island Record, le label fondé par Chris Blackwell. C’est à l’issue de la tournée anglaise Burnin’ Tour 1973 que Bunny Livingston, puis Peter McIntosh quittent le groupe fin 1973.
Bob Marley, désormais en solo, s’appuie sur la remarquable section rythmique composée par Aston « Family » Man Barrett (basse) et Carlton « Carly » Barrett (batterie) pour s’affirmer sous le nom de Bob Marley & the Wailers. À ce noyau dur, s’ajoutent le claviériste Touter (remplacé dès Rastaman Vibration par Tyrone Downie et Earl « Wya » Lindo), le guitariste américain Al Anderson et le trio vocal The I-Threes composé de Rita Marley (sa femme), Judy Mowatt et Marcia Griffiths. En 1974, sort l’album Natty Dread qui marquera le début du succès mondial de Bob Marley, notamment sous l’impulsion de la reprise du titre I Shot the Sheriff par Eric Clapton. L’album est un succès à travers le monde.
S’ensuit l’album Rastaman Vibration (1976) qui fait définitivement de Bob Marley une star mondiale et le plus grand porte-parole du reggae. Quelques mois après la sortie de cet album, Bob Marley survit en décembre 1976 à une tentative d’assassinat chez lui, à Kingston, en Jamaïque durant la campagne électorale, qui le pousse à s’installer à Londres. Il relate cet épisode dans la chanson Ambush in the Night sur l’album Survival. C’est durant cet exil qui durera jusqu’à mi-1978 et le One Love Peace Concert à Kingston, que sort l’album Exodus (1977) ; œuvre considérée par Time Magazine comme le meilleur album du xxe siècle.
En 1978 sort l’album Kaya, puis Survival en 1979, qui est considéré par nombre de spécialistes musicaux comme son album le plus abouti. Avant et après Survival, Bob Marley fait plusieurs voyages en Afrique et y donne quelques concerts, dont un au Zimbabwe, en 1980, pendant les festivités célébrant l’accession de ce pays à l’indépendance.
Atteint d’un mélanome diagnostiqué en 1977 qui devient un cancer généralisé, Bob Marley sort son dernier album, Uprising, en 1980 et donne son dernier concert à Pittsburgh le 23 septembre 1980. Il meurt le 11 mai 1981 à Miami, aux États-Unis, à l’âge de trente-six ans. Il est enterré le 21 mai à Saint Ann, en Jamaïque. Ses funérailles nationales à Kingston réunissent des milliers de personnes.
Au cours de sa carrière, Bob Marley devient le plus grand musicien de reggae à travers le monde et une icône du mouvement rastafari. Il est également considéré comme un symbole mondial de la culture et de l’identité jamaïcaine, tout en plaidant également pour le panafricanisme , le tiers monde et la réduction des inégalités et de la misère. Bob Marley figure également parmi les artistes musicaux les plus vendus de tous les temps4, tandis que son style a influencé des artistes de différents genres5. La Jamaïque l’a honoré à titre posthume peu de temps après sa mort, puisqu’il a été nommé à l’ordre du Mérite jamaïcain. Il reste au xxie siècle le Jamaïcain le plus connu dans le monde aux côtés d’Usain Bolt.
Biographie
Naissance et origine
Robert Nesta Marley est né le 6 février 1945 dans la ferme de ses grands-parents maternels, Omeriah Malcolm et Albertha Whilby, tous deux Afro-Caribéens, planteurs de café, bananes, piments, etc., à Rhoden Hall, près de Nine Miles, dans la paroisse de Saint Ann, connue comme la maison natale de Bob Marley, et dans laquelle il passa son enfance, d’une mère âgée de 18 ans, Cedella Malcolm, sixième fille des Malcolm, épouse Marley puis Booker, (1926-2008), et d’un père blanc, d’origine anglaise. Né en Jamaïque, alors colonie britannique, âgé de 59 ans au moment de la naissance de son fils, Norval Sinclair Marley (1885–1955), qui prétendait avoir été capitaine des Royal Marines, se faisait appeler « Capitaine », et était contremaître de plantation (« Il supervisait la subdivision de terres rurales »). Robert a très peu connu son père, souvent en voyage, et dont la famille désapprouvait le mariage, mais lui apportait cependant le soutien financier (irrégulier) nécessaire à Cedella et à son fils. Les grands-parents paternels de Bob sont Albert Thomas Marley, anglais du Sussex, et Ellen Broomfield, originaire du Levant née en Jamaïque. D’après Michael George Marley (fils de Noel Marley, lui-même frère de Norval Marley), qui l’aurait appris de sa famille, puis vérifié, les Marley seraient des Juifs syriens passés par l’Angleterre avant de s’installer en Jamaïque (À noter que Christopher Marley, de la famille côté Norval Marley, a déclaré, lui : « La famille de Norval Marley n’a jamais été syrienne ».
Période ska
À l’adolescence, Bob Marley suit sa mère qui quitte la misère de la campagne pour celle du ghetto de Trenchtown à Kingston. Ayant arrêté l’école à 14 ans, il retrouve à Kingston Neville Livingston, dit plus tard Bunny Wailer, qu’il connait depuis l’enfance à Nine Miles, et y rencontre Winston Hubert McIntosh, dit Peter Tosh, avec qui il chante des cantiques et des succès de soul américaine qu’ils entendent sur les radios de Miami. Le chanteur Joe Higgs, qui vit lui aussi à Trenchtown, leur donne des cours de chant et les fait beaucoup progresser. Bob Marley enregistre sa première chanson Judge Not pour le producteur Leslie Kong, du label Beverley’s, en 1962, à l’âge de 17 ans, ainsi qu’une reprise d’un succès de country de Claude Gray : One Cup of Coffee en 1962. Ces titres n’ont que peu de succès, mais il continue à s’investir dans la musique.
Bob Marley commence sa carrière musicale en 1962. En 1963, il forme avec Neville O’Reilly Livingston (plus tard Bunny Wailer) et Wynston Hubert McIntosh (plus tard Peter Tosh) un trio vocal sur le modèle des groupes vocaux américains comme les Impressions. Le trio est tout d’abord appelé les Wailing Wailers, avant de finir par s’appeler The Wailers (les gémisseurs). Le groupe intègre aussi Junior Braithwaite ainsi que, comme « Waillers Minute », Beverley Kelso et Cherry Green. Ils obtiennent un contrat avec Studio One en 1964 et leurs premiers morceaux de ska, gospel, rhythm and blues et soul sont produits par le grand producteur local Clement « Sir Coxsone » Dodd, qui a pour assistant en studio Lee « Scratch » Perry (Scratch assure aussi la promotion). Coxsone Dodd et les Wailers signent un contrat pour cinq ans. En février 1964, le titre Simmer Down (en) cartonne et devient no 1 en Jamaïque : 80 000 copies du titre sont vendues. C’est un acte politique au sens noble du terme, appel à cesser les luttes fratricides entre ghettos et à l’union pour luttre contre la misère. Les Wailers enregistrent Rude Boy, I’m Still Waiting, Put It On et une première version de One Love. Bob Marley quitte son métier de soudeur. Après l’album intitulé The Wailin’ Wailers en 1965, le trio se sépare de Coxsone, qui ne leur a pas versé grand-chose en contrepartie des dizaines de titres qu’ils ont enregistrés pour lui.
Tout au long de leur carrière en trio, puis en solo, les Wailers feront les frais de producteurs, managers et autres proches mal intentionnés qui n’auront aucun scrupule à les dépouiller, la pratique musicale à cette époque en Jamaïque n’étant pas aux dépôts légaux et aux contrats écrits, la plupart des engagements se faisant sous forme de « deals » verbaux. Ainsi, les Wailers et plus tard Bob Marley se sont fait allègrement arnaquer, notamment par Coxsone Dodd, Duke Reid, Lee « Scratch » Perry, Leslie Kong, Danny Sims et autres Mortimo Planno, Allan « Skill » Cole, Don Taylor, etc. Des volumes financiers qui, si l’on devait faire les comptes des arriérés de « royalties » et autres détournements de recettes, devraient être finalement assez vertigineux.
Période rocksteady
Vers le milieu des années 1960, le rocksteady succède au ska. Plus lent et chaloupé que ce dernier, le rocksteady marque une étape dans l’évolution de la musique jamaïcaine, qui s’affranchit de plus en plus des rythmiques rapides du ska. Reprenant la soul nord-américaine et le rhythm and blues, le style est marqué par plus de chants et de claviers, et moins de cuivre. Les chansons reprennent des thèmes d’amour et de religion et les paroles s’imprègnent peu à peu de croyances rastafari. Les chanteurs s’adressent à la jeunesse et aux rudes boys des ghettos, et tentent de leur redonner espoir.
Le lendemain de son mariage avec Rita Anderson le 11 février 1966, Bob Marley, à la demande de sa mère, remariée avec un Jamaïcain nommé Booker installé à Wilmington dans le Delaware, part la rejoindre aux États-Unis. Bob Marley y travaille à l’hôtel Dupont, mais continue à écrire des chansons. Il est provisoirement remplacé par Constantine « Dream » Walker. Souhaitant retrouver sa liberté, il retourne dans son île après l’été 1966. Il s’intéresse de plus en plus au mouvement rastafari, qui a émergé dans les années 1930 en Jamaïque, et fonde avec Peter Tosh et Bunny Livingston le label indépendant Wail’n Soul’m. Leur premier titre, autoproduit, dans le nouveau style rocksteady, s’intitule Bend Down Low. À Kingston, Mortimer Planno, un rasta jamaïcain d’origine cubaine qui a voyagé en Éthiopie et rencontré Haïlé Sélassié Ier au début des années 1960, lui transmet une partie de sa culture rasta. Métis clair rejeté par les Noirs jamaïcains, Bob Marley se sent accepté par ce mouvement. Sans le soutien d’un distributeur professionnel, ses disques se vendent très mal, et Bob Marley est trop pauvre pour vivre en ville avec sa femme Rita et ses deux enfants Cedella et Ziggy. Il retourne dans son village natal en 1967 pour un ressourcement spirituel, mais continue à enregistrer et à publier nombre de 45 tours obscurs pour sa petite marque Wail’n Soul’m, comme les futurs classiques Hypocrites et Nice Time, qui sortent sous le nom de groupe des Wailers.
Rita, Bob Marley et Peter Tosh rencontrent, en janvier 1968, le chanteur américain Johnny Nash, qui est décidé à lancer le style rocksteady aux États-Unis, et son manager Danny Sims, avec qui ils signent un contrat international exclusif pour les disques et éditions JAD. Bob Marley leur fournit quantité de compositions inédites, dont Stir It Up, qui deviendra bientôt un succès pour Nash. Johnny Nash a beaucoup de succès avec le rocksteady (tube américain Hold Me Tight en 1968), mais l’album des The Wailers qu’il a financé ne sort pas (il ne sera finalement publié qu’en 1997 chez JAD). Seule une nouvelle version de Bend Down Low avec des cuivres américains ajoutés à New York sort en France et au Canada (JAD-CBS) en 1968, mais sans aucun succès. Bob Marley écrit parallèlement son premier morceau rasta, Selassie Is the Chapel, en 1968. Cet enregistrement important, dans le style nyabinghi (tambours rastas), est financé par Mortimo Planno, qui en interprète la face B, A Little Prayer. Quelques producteurs locaux se succèdent, mais le trio vocal n’a plus aucun succès depuis son départ du giron de Coxsone Dodd.
Reggae et Island Records
Sans ressources, Bob Marley repart aux États-Unis rejoindre sa mère en 1969. Il travaille plusieurs mois comme ouvrier, de nuit, dans une usine automobile Chrysler, ce qui lui inspire les paroles de la chanson It’s Alright (1970). Sa femme et ses jeunes enfants le rejoignent. À son retour, il fonde les disques Tuff Gong, du nom du ghetto (dérivé du surnom de Leonard Howell, le « Gong » fondateur du mouvement rastafari), et enregistre une reprise de James Brown Say It Loud – I’m Black and I’m Proud rebaptisée Black Progress, dans le nouveau style reggae, avec de jeunes musiciens, les frères Carlton (à la batterie) et Aston « Family Man » Barrett (à la basse), qui ne le quitteront plus. Mais les disques indépendants Tuff Gong n’ont toujours aucun succès. Marley se rend alors en Angleterre, voir son vieil ami Lee « Scratch » Perry, qui y est arrivé fin 1969, accompagné par les frères Barrett sous le nom des Upsetters. Perry obtient un succès anglais avec l’instrumental The Return of Django et accepte de produire le trio vocal The Wailers. Lee Perry, très proche de Bob Marley sur le plan spirituel, donne une nouvelle couleur au groupe, qui enregistre plusieurs morceaux avec lui, dont Duppy Conqueror, Sun Is Shining, Soul Rebel, Kaya et le (I’ve Gotta) Keep on Moving de Curtis Mayfield. Lee Perry réunira certains de ces 45 tours et les vendra – à l’insu des Wailers – au label Trojan, pour donner l’album African Herbsman sorti en Angleterre tout début de l’année 1973. Ce qu’appréciera très moyennement Bob Marley qui sort dans le même temps Catch A Fire avec le label Island Records.
Toujours sans succès, Bob Marley (dont le groupe avec Bunny Wailer et Peter Tosh s’appelle encore The Wailers) grave une dizaine de chansons avec l’équipe de musiciens de Leslie Kong « Beverley’s All-Stars » (Lloyd Parkes, Jackie Jackson, Paul Douglas, Gladstone « Gladdie » Anderson, Winston Wright, Rad Bryan, Lynn Taitt, et Hux Brown), un producteur jamaïcain (Kong avait déjà produit les deux premiers 45 tours solo de The Wailers en 1962), qui a du succès en Angleterre grâce à un son professionnel capable de percer sur le marché britannique (disques Trojan à Londres). Il publiera ces titres en 1971 sous le nom de The Best of the Wailers. Bunny Wailer s’opposant à ce titre (il aurait préféré Cheer Up) menace alors Kong : « ce serait alors ton dernier album,…, simplement parce que tu ne serais plus là pour entendre la suite ». Leslie Kong meurt quelque temps après d’une crise cardiaque. Bob Marley se rapproche de l’organisation rasta des Douze Tribus d’Israël fondée par Prophet Gad, alias Vernon Carrington. Les Wailers continuent à alterner les auto-productions pour Tuff Gong et les séances produites et financées par Perry. Malgré la qualité de leur travail prolifique, ils n’ont aucun succès local jusqu’à leur autoproduction Trench Town Rock (Tuff Gong 1971).
À ce point charnière de sa carrière, Bob Marley a déjà contribué à au moins 350 morceaux enregistrés en studio (dont une trentaine environ en tant que choriste), dont une grande partie ne seront révélés au public international que beaucoup plus tard, bien après sa mort, notamment dans la série de dix CD The Complete Bob Marley and the Wailers 1967 to 1972 (JAD) réalisée entre 1998 et 2003 par le français Bruno Blum et l’américain Roger Steffens et la publication, en 1991, des enregistrements Studio One réalisés entre 1964 et 1966. Bob Marley réenregistrera par la suite une partie de ces compositions, comme Satisfy My Soul, Sun Is Shining ou Lively Up Yourself.
À la demande de Johnny Nash et de Danny Sims (tous deux fondateurs du label JAD avec Arthur Jenkins), qui cherchent des compositions pour la musique du film suédois Vil Sa Garna Tro (L’amour n’est pas un jeu), réalisé par Gunnard Hoglund, dans lequel Nash joue le rôle principal, Bob Marley part (seul) pour Stockholm en novembre 1970 avec toute l’équipe du film. Il vit à Nockeby près de Stockholm avec des musiciens culturellement très éloignés de sa culture rasta et est assez isolé dans le froid de l’hiver suédois où la neige bloque le tournage du film. Il y écrit plusieurs morceaux, et collabore à la musique du film. 1972, Nash signe alors avec les disques CBS à Londres où il enregistre le plus gros succès de sa carrière, I Can See Clearly Now. Bob Marley signe lui aussi avec CBS grâce à Johnny Nash et Danny Sims qui cherchent à le lancer à l’international. Mais le 45 tours Reggae on Broadway de Bob Marley qui sort en même temps que celui de Nash n’a aucun succès. Le son et les musiciens anglais apportés par Nash ne conviennent pas à Bob. Quelques concerts à Londres, avec les frères Barrett, sont organisés en première partie de Nash, mais sans succès. La tournée d’environ cent dates organisée et financée par Sony est un désastre pour Marley. Nash, dont le titre I Can See Clearly Now cartonne aux USA, quitte Londres avec Danny Sims et plante là Marley, accompagné des Wailers au grand complet.
Sans le sou et désespéré, Bob Marley contacte alors Chris Blackwell, le fondateur des labels Trojan et Island Records. Blackwell est Jamaïcain, issu d’une riche famille jamaïcaine. Il a déjà distribué en Angleterre les disques Beverley’s de Leslie Kong (certains affirment aujourd’hui, de manière illégale via son label Trojan) et connaît déjà le nom de Bob Marley et des Wailers. Chris Blackwell rachète alors le contrat de Bob Marley en octobre 1972 à Danny Sims et confie de l’argent à Bob Marley (environ 8 000 livres) pour enregistrer un album, sur un simple accord verbal. L’entourage de Chris Blackwell lui indiquant que c’était en pure perte, les rastas n’étant pas – selon eux – des gens fiables (« Chris tu ne reverras jamais ton argent et ton disque ne sortira pas »). De retour à Kingston en juin 1972, les Wailers se mettent immédiatement au travail et enregistrent le futur Catch A Fire aux studios Harry J, Dynamic Sound et Randy’s. Quelques semaines plus tard, de passage à Kingston, Chris Blackwell est sidéré par ce qu’il entend (« La musique était fantastique… C’était comme je l’avais rêvée »).
Le début du succès
À la suggestion de Chris Blackwell, les deux premiers albums pour Island — ‘ et Burnin’ — sont remixés à Londres, où des solos de guitare (de Wayne Perkins pour Catch A Fire) sont ajoutés, ainsi que des parties de claviers qui apportent un son plus rock et plus accessible au grand public occidental. Blackwell veut faire de Catch A Fire le disque d’un groupe de « rock black ». Catch a Fire puis Burnin’ sortent chez Island encore sous le nom de groupe The Wailers en avril et octobre 1973. C’est un succès auprès de la presse, mais pas auprès du public. Après une tournée anglaise promotionnelle, Bunny Wailer quitte le groupe (sur le prétexte que la tournée n’était pas rémunérée par Island et que Chris Blackwell faisait jouer les Wailers dans des lieux de perdition) , remplacé par Joe Higgs pour la tournée US de fin 1973, notamment pour le concert historique donné le 31 octobre à la KSAN Radio de San Francisco où les Wailers vont livrer une prestation live éblouissante devant un maigre public de privilégiés. De retour en Jamaïque, c’est Peter Tosh qui quitte le groupe à son tour, laissant désormais Bob Marley à sa carrière solo. Ce qui fait plutôt le bonheur d’un Chris Blackwell qui a toujours vu Bob comme un leader charismatique, une figure de proue destinée à propulser les Wailers sur la scène internationale. Au-delà de l’attitude du patron de Island Records, de fortes tensions s’exerçaient depuis plusieurs mois entre Bob, Peter et Bunny, pour différentes raisons. Trois fortes personnalités aux ambitions de moins en moins convergentes. Bob, Peter et Bunny auront enregistré ensemble des centaines de titres entre 1963 et 1973.
Le nom du groupe change alors pour s’appeler officiellement « Bob Marley and the Wailers » (à la suggestion de Chris Blackwell). Les Wailers qui seront désormais ses accompagnateurs, parmi lesquels le trio vocal féminin « I Threes » avec Rita Marley, Marcia Griffiths et Judy Mowatt, qui prend en charge les chœurs, les deux frères Barrett (Ashton « Family Man » à la basse et Carlton à la batterie), les pianistes Earl « Wire » Lindo et Tyrone Downie (c’est Touter qui est aux claviers sur l’album et durant la tournée « Natty Dread Tour »), le guitariste Earl « Chinna » Smith, l’harmoniciste Lee Jaffee (uniquement sur Natty Dread) et le percussionniste Alvin « Seeco » Patterson. Le troisième album publié chez Island s’intitule Natty Dread et sort en 1974 sous le nom de « Bob Marley and the Wailers », dans lequel le groupe incorpore une influence rythm’n blues avec le guitariste américain Al Anderson. Un autre guitariste soliste Jamaïcain, Junior Marvin est engagé après le départ de Al Anderson en 1976 (et crédité à partir de 1977 sur l’album Exodus).
L’album Natty Dread sort le 25 octobre 1974 et est suivi d’une tournée en Angleterre et aux États-Unis durant l’année 1975. Cet album devait initialement s’appeler Knotty Dread, édulcoré en Natty Dread à la demande de Island Records. Avant de partir en tournée, les Wailers jouent avec les Jackson Five le 8 mars au National Heroes Stadium à Kingston et avec Stevie Wonder après la tournée le 4 octobre au cours du Wonder Dream Concert, toujours au National Heroes Stadium. Ce sera d’ailleurs la dernière collaboration scénique de Bob avec Peter Tosh et Bunny Livingston. Natty Dread est le premier grand succès international de Bob Marley and the Wailers, en partie favorisé par la reprise, après la sortie de Burnin’, de I Shot The Sheriff par un Eric Clapton mondialement connu. L’album Live! enregistré le 18 juillet 1975 au Lyceum de Londres rend compte magistralement de cette tournée remarquable durant laquelle Bob Marley et son groupe enflamme les salles où ils se produisent, notamment le 18 juin au Schaefer Music Festival de New York, au Boarding House de San Francisco pour quatre sets du 4 au 7 juillet et au Roxy de Los Angeles où les Wailers joueront six jours du 9 au 13 juillet, sous le regard de George Harrison, des Rolling Stones ou de Herbie Hancock, entre autres. La tournée est un succès phénoménal et un titre comme No Woman, No Cry propulse Bob Marley au niveau de star internationale.
C’est en 1975 que Bob Marley rachète à Chris Blackwell la maison du 56 Hope Road, la Island House, à Kingston qu’il occupait déjà depuis 1973 et qui deviendra après la mort de Bob le Museum Bob Marley. Entre 1975 et 1980, le 56 Hope Road sera un lieu d’échanges politiques et artistiques intenses et de création musicale exceptionnel, en permanence fréquenté par des dizaines de rastas, et autres. Le 56 Hope Road sera aussi le lieu de bien des matchs de football dont Bob était un vrai passionné. Un sport qu’il a pratiqué presque chaque jour de sa vie, chez lui à Kingston comme en tournée, avant chaque concert.
Tentative d’assassinat
1976, c’est la sortie de Rastaman Vibration (1976) qui sera le disque de Bob Marley & The Wailers le plus vendu de son vivant et son premier succès américain. La sortie de l’album est suivi par une tournée américaine puis anglaise à la fois éreintante pour les musiciens car très longue et extraordinaire sur le plan musical. Le phénoménal concert donné au Roxy de Los Angeles le 26 mai 1976 est là pour témoigner de l’énergie et la puissance des Wailers sur scène à cette époque. Bob Marley est au sommet de sa puissance scénique durant cette Rastaman Vibration Tour.
1976, c’est aussi une période très dure pour la Jamaïque, au bord de la faillite après la crise pétrolière de 1973. Le gangstérisme s’est considérablement développé sur l’île, qui n’a plus grand chose à voir avec la Jamaïque célébrant son indépendance en 1962. La violence, amplifiée par l’opposition virulente entre le JLP (Jamaica Labour Party) d’Edward Seaga et le PNP (People’s National Party) de Michael Manley, élu depuis 1972, pousse le gouvernement à décréter l’état d’urgence le 19 juin 1976, à quelques mois des élections.
Le 3 décembre 1976 à Kingston, peu avant le grand concert gratuit en plein air Smile Jamaica qui a lieu à la demande du premier ministre jamaïcain Michael Manley, Bob Marley (qui ne soutenait pas Michael Manley mais s’était engagé dans ce concert pour la Jamaïque et le peuple jamaïcain en souffrance, les « Sufferers ») échappe à une fusillade déclenchée à son domicile par six hommes armés, alors qu’il répétait avec son groupe dans l’Island House au 56 Hope Road. Une balle lui érafle la poitrine et vient se loger dans son bras gauche, tandis qu’une autre touche Rita à la tête, mais sans la tuer. Don Taylor, le manager américain de Bob Marley, en sort très gravement blessé de cinq balles. Des doutes persistent sur l’origine de cette tentative d’assassinat. Au-delà des déclarations ici et là impliquant le JLP, la CIA, voire des représailles en direction d’Allan « Skill » Cole qui aurait truqué des paris, on ne peut aujourd’hui dire avec certitude qui est vraiment à l’origine de cet attentat. Bob Marley, au cours d’une interview de 1977, sera assez évasif sur le sujet et évoquera cet épisode dramatique dans sa chanson Ambush in the Night sur l’album Survival publié en 1979.
Deux jours après l’attentat qui a failli lui coûter la vie, Bob Marley participe comme prévu au concert Smile Jamaica à Kingston. Aux journalistes qui lui demandent pourquoi il tient tant à jouer lors de ce concert, il répond : « Les gens qui tentent de rendre ce monde mauvais ne prennent jamais de jours de congés. Comment le pourrais-je ? » Ashton « Family Man » Barrett, caché dans les collines, est remplacé ce jour-là par Cat Coore de Third World. À son arrivée sur scène, Bob Marley montre ses bandages au public, tel un martyre.
L’exil et le succès planétaire
Ne se sentant plus en sécurité en Jamaïque avant les élections, Bob Marley part en exil en janvier 1977 et s’installe à Londres. Il y enregistre entre mars et avril 1977 l’album Exodus qui sort à la fin du printemps. Des enregistrements d’Exodus, sera également extrait l’album Kaya qui sortira en 1978. Après le départ des guitaristes Al Anderson et Donald Kinsey, c’est un jeune guitariste jamaïcain qui prend le relais et sera crédité sur l’album, surnommé le « Hendrix jamaïcain » : Junior Marvin. Exodus est un album à la fois religieux et sentimental, s’ouvrant sur le très mystique Natural Mystic et se refermant sur ce chant d’amour universel One Love/People Get Ready. En 2000, l’album Exodus est élu, par le Times Magazine, meilleur album du XXème s., devant Sergeant Pepper des Beatles ou Kind Of Blue de Miles Davis. La relation amoureuse de Bob Marley avec la Jamaïcaine Cindy Breakspeare, Miss Monde 1976, contribue à le projeter à la une des médias. Bob et Cindy vivent durant cet exil londonien une idylle, qui durera jusqu’en 1980. Cindy Breakspeare, qui aura un fils avec Bob, Damian Marley, sera d’ailleurs présente, dans l’entourage de Bob Marley, jusqu’à la fin de sa vie, en mai 1981.
C’est au cours de l’Exodus Tour, qui débute à Paris le 10 mai 1977 au Pavillon de Paris, que Bob Marley se blesse au pouce du pied droit lors d’un match de football avec des journalistes français, la veille du concert. Quelques jours plus tard, en sortant d’un concert au Rainbow Theater à Londres, Bob a le pied en sang. Il effectue une batterie d’examens, dont une biopsie, qui révèle un mélanome malin au gros orteil (maladie de la peau qui ne représente que 4 % des cancers), sans doute dû à une trop longue exposition au soleil. Un médecin américain lui prescrit une amputation urgente de l’orteil. Mais un mélange de superstition de son entourage (selon ses proches, cette amputation l’empêcherait de danser sur scène ou de rejouer au football et surtout la culture rastafari interdit toute amputation) et de pression en pleine tournée européenne où il rencontre enfin son public, contribuent à retarder l’opération. Après beaucoup d’hésitations, un médecin de Miami lui retire uniquement le lit unguéal, croyant à tort arrêter la progression du cancer. La tournée américaine d’Exodus est annulée.
Fin mars 1978, sort l’album Kaya, enregistré conjointement avec Exodus à Londres durant l’exil de 1977. L’album rencontre un grand succès, mais est considéré par la presse spécialisée comme un album mineur, plutôt léger. En avril 1978, Bob Marley and the Wailers font un retour triomphal en Jamaïque. Lors du One Love Peace Concert qui se tient le 22 avril au National Stadium de Kingston. Bob Marley, qui monte sur scène en final d’un concert qui aura duré près de huit heures et réuni The Meditations, Culture, Dennis Brown, Jacob Miller, Peter Tosh, etc., parvient à réunir sur scène les deux ennemis politiques qui se disputent férocement le pouvoir, Edward Seaga (JLP) et le Premier Ministre Michael Manley (PNP) dans une sorte de bénédiction rastafari, immortalisée par le film documentaire Heartland Reggae de James P. Lewis. À la suite de ce concert historique, Bob Marley devient le grand héros national d’une partie de la Jamaïque (la plus pauvre), celui qui a rendu le reggae et rastafari planétaire et a fait connaître cette ile minuscule de la Caraïbe à travers le monde.
Au cours d’un Kaya Tour très long, durant lequel est enregistré l’album en public Babylon by Bus , capté entre autres au Pavillon de Paris de la porte de Pantin entre le 25 et le 27 juin 1978 (emplacement du Zenith actuel). C’est également en 1978 que Bob fait construire le studio Tuff Gong, un vieux rêve, dans sa maison du 56 Hope Road à Kingston, où il enregistre avec les Wailers l’album Survival, sur son tout nouveau studio 24 pistes. Survival, qui devait préalablement s’appeler Black Survival, chante la libération du continent africain et l’émancipation des Noirs issus de l’esclavage pour un retour à la terre d’origine, l’Afrique. Cet album est considéré par la presse spécialisée comme le plus abouti de tous les albums de Bob Marley. Le groupe Bob Marley and the Wailers jouit désormais d’un succès planétaire et joue aux quatre coins du monde jusqu’au Japon, en Australie et en Nouvelle-Zélande où Bob Marley est accueilli chaleureusement par les Maoris.
Mort de Bob Marley
Bob Marley and the Wailers commencent l’année 1980 avec deux concerts donnés au Gabon pour l’anniversaire du président Bongo. Puis enchaînent les 18 et 19 avril avec le « Zimbabwe Independence Concert », au Rufaro Stadium à Salisbury, pour l’indépendance du Zimbabwe. Entre ces deux évènements, le groupe termine l’enregistrement de l’album Uprising au studio Dynamics, à Kingston. L’album sort au printemps 1980, juste avant de partir pour la tournée Uprising Tour, qui sera la tournée de tous les superlatifs, et la dernière. 100 000 personnes au San Siro Stadium à Milan le 27 juin, 50 000 personnes au Bourget, près de Paris, le 3 juillet, etc. Bob Marley et les Wailers remplissent désormais les grands stades du monde entier. Par ailleurs, l’album Uprising est un succès dans le monde entier et le tube aux allures de disco Could You Be Loved enflamme peu à peu les « dancefloors » des discothèques de la planète.
Mais le dimanche 21 septembre 1980, juste après les deux concerts historiques donnés au Madison Square Garden de New York, les 19 et 20, Bob Marley s’effondre au cours d’un footing dans Central Park. Bob passe un examen aux rayons X où l’on découvre cinq métastases de son mélanome (cancer de la peau), trois au cerveau, une aux poumons et une à l’estomac : son cancer s’est généralisé. Les médecins du Kettering Sloan, centre de traitement du cancer à New York mondialement reconnu, lui donnent un mois à vivre, s’étonnant même que Bob soit encore vivant avec un tel développement de cancer généralisé. Bob Marley insiste malgré tout pour donner un dernier concert à Pittsburgh, le 23 septembre 1980 avant que la tournée Uprising Tour soit définitivement annulée.
Bob Marley subit alors des séances de radiothérapie et de chimiothérapie qui lui font perdre ses dreadlocks au Memorial Sloan-Kettering Cancer Center de New York. Au vu de son état et sous la pression de Rita Marley, sa femme, Bob Marley se fait baptiser le 4 novembre à l’Église orthodoxe éthiopienne de Miami, dont la plus haute autorité était feu l’empereur d’Éthiopie Hailé Sélassié Ier, considéré par les rastas comme étant la réincarnation de Jésus annoncée dans l’Apocalypse (« le roi des rois, seigneur des seigneurs »). Il est baptisé par l’Abouna Yesuhaq sous le nom de baptême : Bob Berhane Sélassié (ብርሃነ ሥላሴ (Berhanä Sellasé) : lumière de la Sainte Trinité en amharique). Quelques jours plus tard, Bob Marley part pour la Ringberg Klinik du Dr Josef Issels à Rottach-Egern en Bavière, où il suit un traitement anticancéreux controversé (transfusions sanguines, séances d’hyperthermie et des injections de THX, un agent anticancérigène). Le docteur Josef Issels, spécialiste allemand en médecine holistique, prend en charge les cancéreux en phase terminale considérés comme perdus par la médecine traditionnelle. Ce traitement prolonge la vie de Bob Marley pendant quelques mois, au prix de dures souffrances qu’il endure avec beaucoup de courage.
C’est à Rottach-Egern qu’un Bob Marley extrêmement affaibli (il pèse moins de 50 kilos) fête ses 36 ans le 6 février 1981, entouré de sa mère, Cedella Booker, Rita Marley sa femme, ses musiciens (à l’exception des frères Barrett) et quelques autres Jamaïcains comme Neville Garrick. Début mai 1981, le Dr Issels déclarant ne plus pouvoir rien faire pour sauver Bob Marley, celui-ci est rapatrié en avion vers la Jamaïque pour y finir ses jours et y être inhumé. Au cours d’une escale à Miami où il souhaite voir sa mère, Bob est finalement placé en soins intensifs le 9 mai 1981 à l’hôpital Cedars of Lebanon de Miami et, trop faible pour faire le voyage en avion jusqu’à Kingston et sa Jamaïque natale, meurt à l’âge de 36 ans le 11 mai 1981 vers 11h45. Après des funérailles nationales à Kingston, Bob Marley est enterré le 21 mai dans un mausolée construit à la hâte, à Rhoden Hall, près de Nine Miles, dans la paroisse de Saint Ann, où il est né et où depuis le matin se sont peu à peu regroupés des milliers de personnes pour dire adieu à celui qui a fait du reggae une musique mondialement reconnue et qui a chanté la douleur des Sufferers du monde entier.
Son héritage
Héritage légal et financier
À sa mort en 1981, l’héritage de Bob Marley est estimé à 30 millions de dollars américains, répartis sur différents comptes bancaires. Au-delà des avoirs financiers, l’héritage de Bob Marley concerne les propriétés immobilières (le 56 Hope Road, Studio Tuff Gong, etc.) et surtout la question des droits d’auteur pour l’immense production des Wailers jusqu’à 1973, puis de Bob Marley jusqu’à sa mort. Sans parler de tout ce qui n’a pas encore été édité en 1981 ou qui le sera après, comme Confrontation en 1983 et Legend en 1984 (qui, avec 10 millions d’exemplaires, sera l’une des plus grosses ventes de disques de tous les temps). Bob Marley a rapporté plus d’argent après sa mort que de son vivant.
Mais Bob Marley n’a pas établi de testament, malgré l’insistance plus ou moins intéressée de certains de ses proches. Volontairement ou non, il a refusé de fixer sur papier ses dernières volontés. Était-ce dû au fait que les rastas refusent de parler de la mort, ou une volonté de Bob Marley que chacun se révèle tel qu’il est, comme l’a suggéré Neville Garrick ? Au regard de la loi jamaïcaine, et sans testament, 55 % des biens et 10 % du patrimoine artistique reviennent à la veuve de Bob, sa femme Rita Marley, et le reste des biens aux 11 enfants reconnus par Bob de son vivant. Mais Rita Marley produit un document daté de 1978 qui lui octroie la quasi-totalité de la fortune de Bob Marley. Il s’avèrera par la suite, en 1986, que ce document est un faux, contrefait par Rita et ses avocats. Rita Marley est alors dépossédée de la gestion de ses biens et du patrimoine Marley, confiée à un administrateur par la Cour Suprême de Jamaïque.
Après bien des procédures judiciaires et des imbroglios concernant les droits légaux de Bob Marley (qui créditait certains de ses proches pour échapper à la voracité des producteurs, notamment Danny Simms), Chris Blackwell acquiert en 1991, pour 11 millions de dollars, la gestion du patrimoine artistique de Bob Marley, en association avec la famille Marley. Parallèlement, Chris Blackwell rachète (pour un peu plus de 1 million de dollars) à Danny Simms les droits d’édition de toutes les chansons de Bob appartenant à Caïman Music. Dix ans de procédures impliquant Rita Marley, ses enfants, Danny Simms, Coxsone Dodd, les Wailers.
Le 6 février 1991, date anniversaire de la naissance de Bob (6 février 1945), une étoile Bob Marley est inaugurée sur le fameux Hollywood Walk of Fame de Hollywood Boulevard, Los Angeles, en présence de Rita Marley. Au-delà d’être entré dans la légende, Bob Marley est aujourd’hui devenu une marque qui rapporte beaucoup d’argent à la famille Marley et aux ayants droit, de ce même argent dont Bob disait en 1980 : « Le Diable contrôle l’argent. Si tu veux t’enrichir, il te faut donc faire un marché avec le Diable parce que c’est lui qui actionne les planches à billets. »
Héritage musical religieux
L’héritage culturel et musical de Bob Marley est aujourd’hui considérable. Bob, le chanteur, le rastaman, le rebelle, le prophète, dont les images s’affichent sur les murs du monde entier, est devenu une icône, au même titre que Che Guevara, Martin Luther King ou Marilyn Monroe. Aux quatre coins du monde, la figure de Bob Marley est présente, sur les murs des quartiers, dans les boutiques de souvenirs, dans les bacs des disquaires. Bob Marley reste partout le symbole de la lutte contre l’oppression et de l’appel à l’amour universel. Manu Chao a dit lors d’une interview qu’un tee-shirt de Bob Marley était mieux qu’un gilet pare-balles pour traverser les quartiers chauds de la planète ! C’est dire l’importance de Bob Marley aujourd’hui encore et partout dans le monde.
Bob Marley, en huit ans de carrière internationale, a donné une dimension exceptionnelle au reggae et a considérablement influencé la musique dans son ensemble, qu’il s’agisse du pop rock occidental, de la variété internationale et de ce qu’on appelle aujourd’hui la « World Music ». Même si d’autres figures majeures du reggae comme Burning Spear, Peter Tosh, Culture ou Toots & the Maytals ont contribué à la diffusion mondiale de cette musique, Bob Marley a été, entre 1973 et 1980 le vaisseau amiral du reggae à travers la planète. Et même après sa mort en 1981, les disques Confrontation (1983) et Legend (1984) étendent encore son influence. Ses morceaux ont été depuis 1981 joués, repris, remixés par un nombre considérables d’artistes et de DJ. De Eric Clapton à Ben Harper, en passant par Lauryn Hill et Tracy Chapman, les chansons de Bob Marley traversent tous les répertoires musicaux depuis plus de 30 ans.
Mais Bob Marley, c’est encore un message à la fois social et religieux. Il représente aujourd’hui encore l’image de la dénonciation de l’oppression des Noirs par les Blancs, mais aussi des pauvres par les riches, des analphabètes par les gens éduqués, etc. De Slave Driver, Crazy Baldhead, Get Up Stand Up, jusqu’à Revolution, Burnin’ & Lootin’, Rat Race ou War, sa voix porte encore le refus de la domination, de l’oppression, de la ségrégation (« We refuse to be, what you wanted us to be » ; Babylone System : Survival) et appelle à la lutte pour l’émancipation et l’égalité des droits humains ( « Stand Up for your rights… Don’t give up the fight » ; Get Up, Santd Up : Burnin’). Mais au-delà de la rébellion et de la lutte, Bob Marley n’a cessé d’appeler à l’amour universel et à la communion des hommes. Son « One love, One heart » (« Let’s get together and feel all right ») n’est rien d’autre qu’un message de paix et d’amour. Tout comme Is This Love, No Woman No Cry, So Much Trouble in the World, etc.
Bob Marley, c’est encore un message religieux, celui de Jah Rastafari, incarné aux yeux des rastas par l’empereur d’Ethiopie Haïlé Sélassié Ier, vu comme le messie sur terre. Bob était profondément religieux, il faisait partie des Douze Tribus d’Israel (Twelve Tribes of Israel), lisait la Bible plusieurs fois par jour, allait à la messe le dimanche, commençait tous ses concerts à partir de 1978 par le fameux « Greetings in the Name of His Majesty Emperor Haile Selassie I ; Jah, Rastafari ! ». Nombreux sont ceux, de son vivant comme aujourd’hui, qui voient Bob Marley comme un prophète au service de Jah Rastarafi ou, voire comme la réincarnation du Christ (Tyrone Downie). Le message rastafari est omniprésent dans les chansons de Bob Marley : Forever Loving Jah, Rastaman Chant, Jah Live, Rastaman Vibration, etc. Les concerts de Bob Marley sont, en plus d’être de puissantes manifestations scéniques et musicales, à voir comme de grands messes où se mêlent l’indignation, la rébellion et l’amour, mais aussi la célébration de Jah et l’appel au bonheur des humains à travers la pratique des préceptes rastafari.
Enfants
Bob Marley a reconnu onze enfants de sept relations, dont les cinq de sa femme Rita, bien que deux d’entre eux ne soient pas de lui. Il n’a pas reconnu sa première fille Imani Carole, née le 22 mai 1963 d’une relation avec Cheryl Murray, mais a adopté Sharon après son mariage avec Rita en 1966. La plupart ont entrepris une carrière musicale, et avec succès pour Ky-Mani Marley, Damian Marley, Ziggy Marley, Julian Marley et Stephen Marley notamment. Rohan Marley a été joueur professionnel de football américain et, un temps, compagnon de la mannequin brésilienne Isabeli Fontana.
- Sharon Marley, née le 8 octobre 1964 d’une relation antérieure de Rita ;
- Cedella Marley née le 23 août 1967, avec Rita ;
- David « Ziggy », né le 17 octobre 1968, avec Rita ;
- Stephen, né le 20 avril 1972, avec Rita ;
- Robert « Robbie », né le 16 mai 1972 ;
- Rohan, né le 19 mai 1972, avec Janet Hunt ;
- Karen, née en 1973 ;
- Stephanie née le 17 août 1974 ;
- Julian, né le 4 juin 1975, avec Lucy Pounder ;
- Ky-Mani, né le 26 février 1976, avec Anita Belnavis ;
- Damian « Junior Gong », né le 21 juillet 1978, avec Cindy Breakspeare.
Discographie : https://www.discogs.com/fr/artist/41441-Bob-Marley